per Pascal Boniface

Pascal
Boniface
(IRIS)
-–
Paris
Le
monde dans lequel nous vivons n’est né ni de la guerre d’Irak ni des
attentats du 11 septembre. Rôle de l’ONU, poids des Etats-Unis dans le monde,
débat entre unilatéralisme et multilatéralisme, unipolarité et multipolarité,
division de l’Europe, ces problématiques n’ont été que marginalement
modifiées par ces évènements,
plus révélateurs que fondateurs.
Le
11 septembre 2001,
est incontestablement une date importante, mais non un tournant historique. Le
choc émotionnel – immense – est sans commune mesure avec la modification
des structures internationales – faible – qu’elle induit. Qu’il
s’agisse due
poids de chaque puissance dans le monde, de la politique qu’elle mène, ou des
grands dossiers internationaux, les évolutions sont minimales. Chacun a suivi
un cours déjà pris avant le 11 septembre. Les éléments de continuité sont
incontestablement plus importants
que ceux de rupture.
Si
on compare ce qu’était le monde le 10 septembre 2001 avec celui qu’il était
le 11 septembre au soir, ou ce qu’il est aujourd’hui, on s’aperçoit que
les différences ne sont pas fondamentales.
La
veille des attentats, les Etats-Unis sont le pays le plus puissant de la planète,
qu’ils dominent comme sans doute jamais une puissance n’a dominé le monde.
Ils pratiquent une politique qualifiée d’unilatéraliste, tenant les volontés
des autres nations par quantité négligeable et voulant définir seuls les règles
du jeu mondial. Qu’est ce qui a changé depuis ? Rien, si ce n’est une
accentuation de cette tendance.
Les
Etats-Unis, bien que durement frappés, n’ont pas été affaiblis par ces
attaques terroristes, leur poids relatif dans le monde n’a pas diminué. Ils
n’ont pas conclu qu’il fallait adopter une politique plus multilatéraliste.
Bref, ils poursuivent une politique sur les mêmes fondements que ceux qui prévalaient
avant le 11 septembre.
Avant
le 11 septembre, l’Europe essayait de définir une politique européenne de sécurité
commune et de concilier l’approfondissement de la construction européenne et
son élargissement. La Chine poursuivait la modernisation de son économie,
priorité des priorités pour elle tout en tentant de mieux faire entendre sa
voix sur la scène internationale. Pour elle, les dates clés sont 1978 (quatre
modernisations de Deng Xiao Ping) ou 2001 (mais pour l’adhésion de
l’organisation mondiale du Commerce, pas pour le 11 septembre). Le Japon
essayait de sortir d’un marasme économique vieux de plus de douze ans. Pour
Tokyo, la date de référence est 1990-1991 et l’entrée dans la « décennie
perdue » qui a vu se briser un élan impulsé au début des années 50. On
a beaucoup glosé sur le tournant pro-occidental que la Russie aurait pris après
le 11 septembre, symbolisé par un accord signé en mai 2002 entre l’OTAN et
Moscou. Mais le véritable tournant pro-occidental a été pris en fait par
Gorbatchev quinze ans auparavant, et Poutine n’a utilisé les événements du
11 septembre que pour poursuivre la politique menée depuis son installation au
pouvoir. La guerre d’Irak a démontré les limites de ce rapprochement
russo-américain.
Les grands dossiers internationaux, inégalités économiques internationales, guerres civiles en Afrique, conflit du Proche-Orient, préservation de l’environnement, lutte contre les grandes pandémies n’ont guère bougé. Le terrorisme existait avant le 11 septembre et le fait que des groupes infra-étatiques puissent avoir une action internationale significative n’est pas apparu ce jour-là.
Le
6 août 1945 avait fait rentrer réellement le monde dans une ère nouvelle,
celle de l’ère nucléaire ainsi que celle de l’ère bipolaire qui n’avait
plus rien à voir avec le monde de l’avant Seconde Guerre mondiale.
Le
9 novembre 1989, est une autre date de rupture historique. Nous vivons encore
aujourd’hui dans un monde façonné à cette date. La chute du mur de Berlin,
la disparition du camp soviétique avec l’implosion de l’URSS nous a fait
quitter le monde bipolaire dans lequel nous vivions depuis 1947. Le 9 novembre a
eu beaucoup plus d’impact que le 11 septembre. Le 9 - 11 plutôt que le 11 -
09.
La
décennie 1990,
aura été celle d’une affirmation éclatante sur la scène mondiale de l’Amérique,
enfin débarrassée de l’encombrant rival soviétique. Nul ne pouvait plus
faire contrepoids à sa puissance. Les Américains en ont conclu qu’ils ne
pouvaient plus se considérer comme un membre normal de la communauté
internationale. Qu’ils avaient des droits plus importants, et qu’il n’était
plus possible de se laisser enfermrer
dans un système d’obligations contractuelles ou politiques définies par des
pays qui nécessairement ne leur arrivaientt
pas à la cheville que ce soit en terme de puissance et/ou de vertu démocratique.
Il était donc préférable tant pour le reste du monde que pour les Etats-Unis,
que ceux-ci définissent seuls et sans tenir compte de l’environnement extérieur
leur politique internationale. L’unilatéralisme n’est pas né lors de la
guerre d’Irak, ni avec le 11 septembre, ni même avec l’élection de George
Bush. Il a été croissant tout au long de la décennie 90. Cc’est
sous la présidence Clinton que les Etats-Unis se sont tenus à l ‘écart
des grands traités multilatéraux, de l’interdiction totale des essais nucléaires
à la convention de Kyoto sur l’environnement en passant par la Cour pénale
internationale et
l’interdictionà
l’interdiction des mines anti-personnelles. L’élection de
Bush, le 11 septembre ont constitué des coups d’accélérateurs de l’unilatéralisme
américain, ils ne l’ont pas créé ex
nihilo.
La
perception de leur puissance sans égale conduit aujourd’hui les Etats-Unis à
penser qu’ils peuvent outre-passer des règles de droit définies à plusieurs ;
qu’ils peuvent faire preuve d’une certaine désaffection à l’égard des
institutions multilatérales ; qu’ils peuvent privilégier des pratiques
unilatérales et coercitives ; bref, considérer ce qu’ils n’ont pas défini
seuls comme une
contrainte injustifiée, pesant indûment sur leur liberté d’action. Ces
contraintes extérieures sont perçues comme inutiles (les Etats-Unis étant
porteurs de valeurs universelles, qui, mieux qu’eux, peut les promouvoir ?)
et antidémocratiques (le peuple américain s’étant exprimé librement, des règles
imposées de l’extérieur ne peuvent que l’empêcher d’exercer son libre
choix). Les Etats-Unis ne voient dans l’interdépendance que la dépendance
vis-à-vis des autres, qu’ils convient donc pour eux d’éviter et de limiter
au maximum.
L’unilatéralisme
n’est cependant pas le résultat obligé de l’unipolarité.
L’unipolarité
est, ou serait, le résultat
d’une situation objective d’une
différentiel irrattrapable de puissance entre un pôle de puissance et
l’ensemble des autres. L’unilatéralisme résulte, lui d’un choix
volontaire. C’est une chose de constater la prééminence américaine, cela en
est une autre que d’en conclure que les Etats-Unis peuvent agir seuls en
s’affranchissant de l’opinion des autres Etats ou des règles établies
communément.
Ils
pourraient tout autant conclure de leur situation exceptionnelle qu’ils
doivent tenir compte des avis et intérêts du reste du monde. L’unilatéralisme
n’est pas possible sans unipolarité – une petite puissance ou une puissance
moyenne n’en a pas les moyens -, mais l’unipolarité ne débouche pas
automatiquement sur l’unilatéralisme. La puissance dominante peut, au
contraire, penser qu’il est dans de son intérêt bien compris d’associer
ses partenaires et de ne pas créer d’antagonisme avec ses rivaux, comme
l’avaient fait les Etats-Unis en 1945.
Ils étaient alors relativement plus puissants qu’ils ne le sont aujourd’hui. Ils représentaient à l’époque prés de la moitié de la production mondiale. Ils allaient pourtant prendre des décisions qui allaient permettre la reconstruction des pays dévastés par la guerre. Ils allaient surtout mettre en place un système international fondé sur le multilatéralisme et les organisations internationales : ONU, FMI, Banque mondiale, GATT et bientôt OTAN et soutenir la construction européenne.
La
crise, puis la guerre en Irak a profondément divisé le monde entre deux
approches qualifiées « camp de la paix » et « camp de la
guerre ». Ces appellations sont certainement trop caricaturales pour
rendre compte exactement de la réalité. Mais en fait, au-delà de la question
de l’usage de la force contre l’Irak, au-delà même du sort du Proche-Orient,
la véritable question qui se posait, était celle de l’ordre international.
Souhaitons-nous vivre dans un monde multi ou
unipolaire S
ouhaitons-nous vivre dans un monde multi ou unipolaire ?;
souhaitons-nous accepter un système de régles multilatérales ou preférons
nous que chaque Etat établisse ses propres règles ?? Et quelle est la réalité de la
situation ?
Le
monde multipolaire est-il souhaitable ? Les Etats-Unis ne le pensent pas.
Mais de nombreux responsables ou experts Européens estiment également qu’un
monde unipolaire est préférable à un monde multipolaire au sein duquel une
Russie incertaine et une Chine non démocratique constitueraient des pôles de
puissance.
Tony
Blair est certainement la figure emblématique de cette approche. Le 28 avril
dans un interview au Financial Times, il affirmait que le meilleur moyen
d’empêcher Washington d’agir unilatéralement consistait à unir ses forces
aux siennes et non à s’y opposer. « Certains appellent de leurs vœux
un prétendu monde multipolaire comportant différents centres de pouvoir et
dont je pense qu’ils se transformeront vite en centres de pouvoir rivaux.
D’autres croient, et je suis de ceux-làla,
que nous avons besoin d’une puissance unipolaire englobant un partenariat
stratégique entre l’Europe et l’Amérique. Ceux qui craignent l’unilatéralisme
de l’Amérique doivent comprendre que le moyen le plus sûr de l’avoir est
de créer un pôle rival de l’Amérique. S’absenter de la principale
alliance stratégique installée à sa porte serait pour notre pays un acte
d’automutilation ».
Mais
peut-on vraiment combattre l’unilatéralisme en l’absence de contrepoids à
la puissance dominante ? Peut-on l’éviter si on annonce à l’avance
qu’on ne contestera en aucun cas ses décisions ? La promesse de
l’alignement n’est certainement pas la meilleure façon d’éviter
l’unilatéralisme, bien au contraire. En juin 2003 Condolezza Rice, la
conseillère pour les affaires de sécurité du président Bush fustigeait la
perspective d’un monde multipolaire comme dérivé du concept de l’équilibre
des puissances en vogue au 19ème siècle et qui avait débouché sur
l’exacerbation des rivalités et finalement sur la Première Guerre mondiale.
Dans son esprit, un monde dominé par les Etats-Unis serait un monde pacifique,
prospère et démocratique. Si d’autres Etats venaient concurrencer la
puissance américaine, cela créerait forcément des conflits. Le raisonnement
est doublement faux. Tout d’abord l’équilibre des puissances a au contraire
permis à l’Europe au 19ème ,
puis au monde après la seconde guerre mondiale d’éviter la guerre.
Ensuite et surtout,
si les projets américains représentent l’intérêt général, il n’y
aurait aucune raison que d’autres puissances notamment alliées s’y opposent.
De
nombreux Européens estiment que quelles
que soient les
différences de perception que nous pouvons avoir avec les Américains, nous
partageons avec eux les mêmes valeurs fondamentales, ce qui n’est pas le cas
avec Pékin ou Moscou. Dès lors, quelles que soient les divergences que nous
pouvons avoir avec Washington, un monde dominé par lui est préférable à un
monde équilibré par la Chine ou la Russie. Certes,
la quasi totalité de nos concitoyens préféreraient vivre aux Etats-Unis
qu’en Chine ou en Russie. Mais cela ne veut pas dire qu’ils aient intérêt
ou qu’ils souhaitent que la puissance soit le monopole d’un seul pays.
Un
ordre multipolaire à priori plus acceptable ne présente certes pas non plus
toutes les garanties. La stabilité découlant d’un partage des zones
d’influence peut s’accommoder de régimes non-démocratiques. Comme on l’a
fort bien vu au temps du clivage Est-Ouest, un monde multipolaire peut se
traduire par un pacte tacite de non intervention dans les zones d’influence réciproque,
ce qui ne serait en rien démocratique. Un autre risque est que de nombreux
problèmes, faute de coopération, ne soient ni traités ni résolus.
A
l’extrême, le monde multipolaire pourrait être à l’image d’un cartel
sur le plan économique, défendant les intérêts de quelques uns contre
l’intérêt général. Les grandes puissances pourraient se mettre d’accord
sur le partage des zones d’influence et soumettre à leur volonté les pays
plus faibles.
Le
monde multipolaire ne constitue donc pas automatiquement un gage de démocratie
internationale. Il peut également être un ordre d’impérialismes régionaux
ou de statu quo au profit de quelques
pôles dominants. Mais néanmoins, le monde multipolaire reste la moins mauvaise
solution et le gage d‘une
plus grande diversité.
Tout
d’abord parce que la puissance aujourd’hui pour une Nation, c’est avant
tout la préservation de ses marges de manœuvres. Or si les Européens
partagent les mêmes valeurs fondamentales que les Américains, ils n’ont pas
toujours la même « grille de lecture » qu’eux des événements.
Ce sont les Américains eux-mêmes qui soulignent les divergences croissantes.
Or c’est bien du côté américain et non de celui de Pékin ou Moscou qu’il
y a le plus grand risque de limitations des marges de manœuvres des pays européens.
Il n’y aura jamais bien sûr de menaces venant de la part des Etats-Unis mais
une amitié parfois envahissante qui peut se transformer facilement en lien de dépendance.
Les pays européens sont plus proches politiquement et socialement des
Etats-Unis mais ce sont également les Etats-Unis qui peuvent le plus peser sur
leurs décisions et limiter leurs marges de manœuvre. Nous sommes plus éloignés
de la Chine ou de la Russie, mais elles peuvent moins interférer dans nos choix
tant à l’échelle nationale qu’européenne.
Que que pour
ce qui est de la construction européenne.
En
second lieu, un ordre unipolaire, en fait, a des limites évidentes. Le concert
des Nations s’accommode mal d’un chef d’orchestre unique. La puissance
dominante quelle qu’elle soit a naturellement tendance à confondre intérêt
national et intérêt général, avec d’autant plus de bonne conscience
qu’elle estime incarner des valeurs jugées universelles ou ayant vocation à
l’être. L’écart de puissance est une réalité, le monde globalisé en est
une autre. Un Etat, aussi puissant soit-il, et même s’il s’estime porteur
de valeurs universelles, ne peut fixer à lui seul les règles de la société
internationale. Quelle que
soit la sincérité de ses dirigeants, il en viendrait rapidement à un
comportement unilatéral qui serait nécessairement critiqué ou rejeté par les
autres. Le refus du monde multipolaire cache mal la volonté de laisser une
seule puissance dominer le reste du monde.
Enfin,
un ordre qui ne satisferait pas les aspirations de la majorité ne serait non
seulement pas moralement acceptable, mais il s’avérerait par la force des
choses,
non durable. Il serait nécessairement remis en cause par ceux qui seraient sous
représentés. Il n’est donc gage ni de stabilité, ni de démocratie
internationale.
Nous vivons en
fait aujourd’hui dans un monde qui n’est ni unipolaire ni multipolaire. Il
n’est pas multipolaire parce qu’il n’y a pas de puissance qui puisse se
comparer aux Etats-Unis. Le terme d’hyperpuissance passe dans le langage
commun, illustre bien le fossé qui sépare les Etats-Unis des autres Nations.
Mais le monde n’est pas non plus unipolaire, tout simplement parce que dans un
monde globalisé une seule Nation si puissante fut-elle n’est en mesure de
diriger le monde. Les difficultés des Etats-Unis à gérer un pays de 23
millions d’habitants, ruiné par trois décennies de dictatures, treize années
d’embargo et trois guerres majeures en est une preuve éclatante.
Mais
plus qu’un monde multipolaire, c’est un monde multilatéral qu’il faut
souhaiter. Il est basé sur la coopération et non sur l’affrontement des
puissances la domination de l’une d’entre elles.
La
puissance européenne est un projet en faveur de l’autodétermination générale.
Il s’agit de préserver les marges de manœuvre des pays européens tant entre
eux qu’à l’égard des autres Etats de la planète. L’Europe ne peut pas
être soupçonnée de
tentations hégémoniques. Elle s’est construite pour éviter la guerre entre
les pays membres. Elle s’est bâtie par la négociation, les compromis réciproques,
en ayant la culture du consensus sans tomber dans l’impuissance. Ceci
s’explique par le fait que l’Europe n’est pas la France, l’Allemagne, le
Royaume-Uni ou l’Espagne élargie, mais la construction négociée d’un
ensemble politique. La façon dont l’Europe s’est faite n’est pas sans
conséquence sur sa façon de concevoir le monde. Aucun pays membre ne peut ni
ne veut dominer l’Europe. L’Europe, quant à elle, ne souhaite pas non plus
dominer le monde. La perspective d’une « Europe-puissance »
est considérée, dans la plupart des pays, comme un facteur d’équilibre
permettant l’émergence d’un monde multipolaire. Ce n’est le cas
d’aucune autre puissance actuelle ou potentielle. On remarque assez aisément
ici ce qui distingue l’Europe d’un côté, des Etats-Unis de l’autre. Les
deux veulent incarner des valeurs universelles. Mais les Américains pensent être
en mesure de les imposer et s’habituent à ne pas tenir compte du monde extérieur.
En revanche, l’Europe veut persuader, parce qu’elle a intégré l’idée
qu’il n’y aurait pas d’autre moyen réaliste de faire progresser ses
positions.
C’est
finalement la faiblesse relative de l’Europe qui l’oblige à tenir compte
des autres, et donc à être plus forte. La puissance américaine lui fait
oublier l’existence des autres, et donc l’affaiblit.
Trois
sources majeures d’inquiétude
Le terrorisme
Il
y a aujourd’hui trois sources majeures d’inquiétude qui sont liées entre
elles : le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive
et le choc des civilisations.
Si
le terrorisme doit être considéré comme la principale menace à la sécurité,
il faut bien sûr en combattre les effets comme les attentats mais également réfléchir
à ses causes pour lutter efficacement contre lui.
Cela
ne signifie en rien le légitimer ou l’excuser.
Il
n’y a pas une prédestination à naître terroriste comme certains voudraient
le faire croire. Le terrorisme n’est pas spontané
,,
il est le fruit amer et certes abjecte d’un processus politique dégénéré.
L’objectif
est d’éviter qu’il puisse recruter de nouveaux hommes de main. Ce n’est
pas tant la misère qui est la source du terrorisme. Les pays les moins avancés
ne sont pas forcément les plus grands pourvoyeurs de terroristes. Un sentiment
d’injustice qui provoque rancœur et même haine en est beaucoup plus la
source. Si un peuple ou une fraction estime que ses droits sont entièrement
bafoués et qu’il n’a pas de moyens de se faire entendre, il aura la
tentation de recourir au terrorisme. Ce dernier est moralement indéfendable et
est une impasse politique. Il délégitime les revendications émises. Il a pour
résultat de renforcer ceux qu’il est censé combattre et de porter atteinte
à la cause qu’il est censé défendre. Les attentats suicides palestiniens
ont desservi la cause palestinienne. Le risque est donc d’entrer dans un cycle
pervers oùou
seule une réponse militaire est donnée au défi terroriste sans se préoccuper
de ses causes. Cela aurait pour effet de radicaliser encore plus les groupes
terroristes mais surtout de ressouder les populations autour d’eux et de leur
permettre d’élargir leur base de recrutement ainsi
que de ressouder les populations atteintes par les actes terroristes
autour de leur gouvernement et de développer le
soutien en faveur de lapar
la demande de répression. On rentre dans un cycle sans fin ou on
annonce vouloir combattre le terrorisme tout en le nourrissant indirectement,
tandis que les terroristes pour leur part renforcent ceux contre lesquels ils prétendent
vouloir se battre et affaiblissent ceux qu’ils prétendent servir.
La politique américaine
surtout lorsqu’elle n’est pas tempérée
par les Européens risque beaucoup plus de nourrir que de combattre le
terrorisme. Bush se sert de la guerre contre le terrorisme aussi bien à des
fins intérieures ,
(le peuple américain attaqué se réunit derrière son président)
qu’internationales (les pays européens doivent resserrer les rangs derrière
leur chef de file). Suivre les Américains dans la voie purement militaire
qu’ils veulent mener pour battre le terrorisme nous entraînerait dans un
combat sans fin, qui s’auto reproduirait.
La diffusion des connaissances scientifiques et
technologiques symbole de la mondialisation concerne également la fabrication
des armes. Parmi ces dernières une catégorie attire particulièrement
l’attention : celles des armes de destruction massive, du fait de
l’ampleur des dégâts qu’elles peuvent créer.
Elles concernent en tout premier lieu les armes nucléaires.
Mais de nombreux experts incluent également les armes chimiques et biologiques,
ainsi que les missiles balistiques qui peuvent les emporter. Cette catégorie
d’armes de destruction massive n’a en fait pas une réelle cohérence stratégique.
Les armes nucléaires sont des armes de dissuasion, alors que les armes
chimiques et biologiques,
sont des armes d’emploi. Au cours du 20ème siècle, de nombreux
massacres à grande échelle ont été commis sans que ces armes dites de
destruction massive aient été utilisées comme en ex-Yougoslavie et surtout au
Rwanda par exemple. Les attentats du 11 septembre, s’ils ont été nettement
moins meurtriers, prouvent qu’on
peut mettre en œuvre des destructions importantes sans recourir à ce qu’il
est convenu d’appeler armes de destruction massive. Néanmoins elles sont
souvent regroupées sous ce label commun. Elles suscitent l’effroi et frappent
les imaginations bien plus que les autres catégories d’armes. La lutte contre
la prolifération de ces armes est vue comme une priorité stratégique par la
majeure partie de la communauté internationale.
On
craint à la fois que la dissémination de ces armes n’entraîne un risque
accru de leur utilisation et que les nouveaux acquéreurs ne fassent pas preuve
de la même sagesse et retenue que les Etats qui les possèdent depuis plus
longtemps.
Différents régimes ont donc été mis en place pour limiter la prolifération de ces armes qui ont très souvent un caractère discriminant et ont généralement été acceptés par le plus grand nombre d’Etats.
Encore
convient-il de leur accorder quelques compensations. Elles peuvent être
en termes de sécurité
(promesse de non emploi d’armes nucléaires contre les Etats qui ont ratifiés
le TNP) ou d’efforts de désarmement des puissances nucléaires.
Or,
sur le premier point les débats stratégiques en cours aux Etats-Unis sont
inquiétants. On parle de diversifier la gamme des options nucléaires afin de
se doter d’armes de haute précision de très faible intensité, capables de pénétrer
profondément dans le sol pour détruire des abris souterrains et des bunkers.
Avec cette nouvelle doctrine, ils pourraient fort bien utiliser des armes nucléaires
non seulement contre un pays n’en possédant pas, mais aussi contre un pays ne
les ayant aucunement attaqués. Il suffirait, pour ce faire, qu’ils affirment
vouloir se lancer dans une action « préventive », en dehors du
cadre légal de la légitime défense, contre un pays qu’ils diraient soupçonner
de vouloir porter atteinte à leur sécurité. La guerre d’Irak se serait
terminéeait
plus vite et mieux si, grâce à l’efficacité d’armes nucléaires de haute
précision, on avait pu tuer M. Saddam Hussein dans son bunker dès le début du
conflit, plaident les partisans du changement de doctrine.
Le
risque est de briser le tabou qui sépare armes nucléaires et armes
conventionnelles, de faire des premières des armes d’emploi et de mettre fin
à l’interdiction des essais nucléaires.
Les
plans américains, loin de lutter contre la prolifération, risquent plutôt de
la relancer. La conclusion que peuvent tirer de la guerre d’Irak et de cette
nouvelle stratégie les candidats à l’armement nucléaire, c’est que, pour
être à l’abri des foudres américaines, il vaut mieux avoir une capacité de
riposte et de nuisance que de suivre les engagements de non-possession d’armes
de destruction massive.
La
Corée du Nord, qui avoue officiellement une capacité nucléaire et qui refuse
tout contrôle international, fait l’objet d’un traitement diplomatique par
les Etats-Unis. L’Irak, qui niait être possesseur d’armes nucléaires et
acceptait un contrôle illimité de ses installationsdéclarations,
a fait l’objet de la réponse militaire que l’on sait.
La
lutte efficace contre la prolifération réside donc dans la stricte application
des traités et conventions existants et dans des garanties de sécurité données
aux pays qui renoncent aux armes nucléaires,
et c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui doit être en
mesure d’agir en cas de violation d’obligations volontairement souscrites.
Face
à la théorie de l’affrontement des civilisations il y a deux erreurs fréquemment
commises. La première est de croire à son inéluctabilité, au fait qu’il
s’agit d’un futur auquel on ne peut échapper, et auquel il faut donc se préparer.
Rien n’est plus faux. Il n’y a pas d’automaticité ou de déterminisme de
conflit entre les civilisations pas plus qu’il y en a entre les Etats.
L’histoire est faite par les hommes, les peuples et les dirigeants, et leurs
actions et leurs choix peuvent aussi bien conduire à faire la guerre qu’à
l’éviter. L’affrontement entre musulmans et occidentaux n’est en rien écrit
à l’avance. Le risque est d’ailleurs de transformer cette idée en prophétie
auto-réalisatoire. A force de parler comme d’un événement qui doit nécessairement
se produire, on facilite les conditions de sa survenance. Si occidentaux et
musulmans s’habituent à des discours qui les présentent comme des ennemis
irréductibles, ils y croiront de plus en plus et ils développeront
des relations réellement antagonistes.
Mais
l’autre erreur est de réfuter cette thèse pour des raisons de « politiquement
correct » et de confondre comme souvent ce que l’on souhaite éviter et
ce qui n’est pas possible. Dire que la guerre entre civilisations serait une
catastrophe est une chose, dire qu’à trop en parler on remplit les conditions
qui pourraient la permettre en est une autre. Mais en conclure qu’au seul
motif qu’elle n’est pas souhaitable elle ne surviendra pas serait une grande
erreur. Il faut évidemment éviter les guerres entre civilisations. Mais il ne
suffit pas pour cela de se contenter de jeter l’anathème sur cette idée.
Encore faut-il remplir les conditions politiques pour qu’elles ne surviennent
pas. La simple condamnation morale , la politique des vœux pieux ne peuvent être
des armes efficaces. Bref, pour ce qui est de la guerre des civilisations, il
faut éviter à la fois le self fulfilling prophecy et
le wishful thinking.
Comme
on l’a dit, les attentats du 11 septembre ont relancé le débat sur le choc
des civilisations. Puisque Ben Laden avait fait détruire les tours due
World Trade Center au nom de Dieu, la théorie du choc des civilisations
se voyait consacrée dans les faits après l’avoir été dans les commentaires.
George Bush allait même maladroitement employer le terme de croisade avant de
se raviser. Tous les responsables occidentaux allaient insister à l’unisson
– à l’exception de Berlusconi [1]– sur le fait qu’il
fallait distinguer Ben Laden et ses acolytes de l’ensemble du monde musulman,
en mettant en avant que Ben Laden était également une menace pour les
gouvernements et les peuples arabes. Les déclarations de réfutations de la thèse
du choc des civilisations se sont multipliées. Mais si cela est préférable à
un scénario inverse, cela ne suffit pas à écarter le danger.
Le
conflit israélo-palestinien est au cœur de la problématique de la guerre des
civilisations, même si Huntington ne s’étend pas trop dessus. Il ne fait
d’ailleurs pas de la civilisation juive l’une des huit civilisations qu’il
décrit.[2]
La
résolution du conflit israélo-palestinien avec la création d’un Etat
palestinien viable aux côtés d’un Etat israélien aux frontières sûres et
reconnues ne mettra pas fin à toutes perspectives d’affrontement entre
l’islam et l’occident et ne viendra pas enrayer toutes possibilités
d’attentats terroristes. Les soubresauts pourront encore exister mais elle
viendra priver d’un argument principal tous ceux qui dans le monde musulman présentent
l’occident comme leur ennemi. A tort ou à raison, le sort fait aux
Palestiniens, le non-respect des résolutions du Conseil de sécurité sur le
conflit du Proche-Orient alors que l’on est si exigeant dans d’autres
circonstances crée un trouble de plus en plus important. Le sentiment de plus
en plus répandu qu’Israël quel que soit son comportement ne sera jamais
inquiété ou ne subira de pressions de la part des Américains, est perçu non
seulement dans le monde arabe mais dans l’ensemble du monde musulman comme la
preuve de double standard et de l’hypocrisie occidentale. On peut dire que le
conflit israélo-palestinien est sur-médiatisé par rapport au nombre réel de
victimes, qu’il sert d’exutoire facile à certains régimes arabes leur
permettant de canaliser l’énergie des foules en la détournant des problématiques
politiques internes. Tout ceci est vrai, mais ne doit pas masquer que la non résolution
de ce conflit et le sort fait aux Palestiniens créent une frustration
croissante dans les pays musulmans et est une source de ressentiment à l’égard
des pays occidentaux et surtout des Etats-Unis. Ces derniers donnent
l’impression qu’ils laissent Israël absolument libre d’agir à sa guise.
Ce sentiment est nécessairement subjectif. Il est néanmoins devenu si fort
qu’il constitue désormais un élément objectif. On peut certes rappeler que
la déclaration de Ben Laden sur le bien fondé de la guerre contre les Croisés
et les Juifs datent
de 1998, à une époque ou régnait un relatif optimisme à l’égard du
processus de paix. On peut également rappeler que les premiers attentats contre
le World Trade Center ont été organisés en 1993, alors que le
processus d’Oslo était source d’espoir de résolution du conflit israélo-palestinien.
Il n’en reste pas moins que la non résolution de ce conflit crée un gisement
de haine.
Sur
le principe du résultat final, il y a désormais un large consensus, que seuls
les extrémistes des deux bords s’obstinent à réfuter. C’est le droit à
Israël à exister dans des frontières pures et reconnues, le droit des
palestiniens à disposer d’un Etat viable.
Il
ne peut y avoir qu’une solution politique à ce conflit, mais devant
l’incapacité des deux protagonistes à se mettre d’accord, on sent bien
qu’il faudra une intervention extérieure pour la mettre en œuvre.
Ce
qui se joue entre Israéliens et Palestiniens dépasse largement désormais le
sort de ces deux peuples. Ce qui n’était qu’une prise de gage territoriale
de circonstance en 1967 (on prend des territoires pour les échangers
contre la paix), et un peuple dont personne et avant tout dans le monde arabe ne
se souciait guère au départ, sont devenus, au fur et à mesure, et sans
qu’un événement particulier ne crée un marqueur de l’histoire, l’épicentre
d’un éventuel choc des civilisations. Sans doute est-
ce un effet dérivé de la globalisation, qui fonctionne également
pour les peuples arabes. A voir chaque jour à la télévision des chars israéliens
dans les rues palestiniennes, des soldats tirant sur des civils, des maisons détruites,
les Palestiniens sont devenus, sans qu’ils le cherchent vraiment, LA
cause arabe. On reproche en tous les cas aux Etats-Unis d’être le pays qui
fait pencher la balance en faveur d’Israël, qui a rendu inégale la partie
entre Arabes et Israéliens.
Les
Israéliens n’ont pas tort de dire qu’il y a dans le monde aujourd’hui
d’autres conflits bien plus sanglants et cruels que celui qui les oppose aux
Palestiniens. Il n’est qu’à balayer du regard le continent africain pour en
être convaincu. Ils n’ont pas tort non plus de dire que le sort des Tchétchènes
est moins enviable que celui des habitants des territoires occupés. Mais les
Africains se massacrent entre eux. La faute des occidentaux relève de la
non-intervention. La Russie se débrouille toute seule dans la guerre en Tchétchène.
Le monde occidental ne lui crée pas de problèmes, mais ne lui fournit pas non
plus d’assistance. Ce conflit israélo-palestinien, mineur en termes
d’extension géographique et de nombre de morts est majeur en conséquences géostratégiques
potentielles. Il est au Ground Zero d’une guerre, Occident-Islam parce
que le monde occidental est tenu responsable par un nombre croissant de
musulmans, de l’impunité israélienne face aux Palestiniens. Selon donc que
ce conflit soit résolu ou non, les perspectives d’un choc des civilisations
s’éloigneront ou se rapprocheront. Le sort du monde peut se jouer sur ces
quelques kilomètres carrés. Israéliens et Palestiniens sont devenus à leurs
corps défendant et sans le réaliser les dépositaires non seulement d’un éventuel
changement de paradigme des conflits, mais également de l’éventuel
survenance d’un conflit civilisationnel majeur. Plus que pour des raisons
compassionnelles envers les populations concernées, c’est pour cette raison
que le conflit ne peut plus être laissé dans les mains de seuls protagonistes
s’ils persistent à ne pas les régler. Il ne leur appartient plus.
L’un
des plus grands défis que la communauté internationale a à résoudre dans
l’avenir est de trouver un point d’équilibre entre la souveraineté et
l’ingérence, deux principes au départ progressistes, le premier pour protéger
les Etats faibles contre l’intervention des Etats forts, le second pour protéger
les populations contre les bourreaux. Comment résoudre cette contradiction,
cette quadrature du cercle ? Comment rendre légitime un changement de régime,
y compris par la force, sans que cela ne se résume à une politique de
puissance habillée par les oripeaux de la morale ?
Comment faire en sorte que l’usage de la force ne
soit pas simplement rétablir la loi du plus fort ? Le droit d’ingérence
est vu comme un facteur positif, une preuve de générosité à l’égard des
autres dans les pays du Nord. Au Sud, il est largement perçu comme une ré-appropriation
par les pays riches du droit de se mêler de leurs propres affaires intérieures.
Il est vécu comme une atteinte à une indépendance chèrement acquise.
Il
est considéré comme une ruse des puissants qui essaient de cacher leurs intérêts
stratégiques par un discours moral. La morale ne serait ici qu’un instrument
de légitimation de l’action des grandes puissances, mais pas la réelle
motivation. La preuve de cette hypocrisie réside dans le fait qu’on ne traite
pas de la même façon des situations moralement comparables mais où les intérêts
des puissances ne sont pas les mêmes. La Corée du Nord a t-elle moins proliféré
que l’Irak ? Traite t-elle mieux sa population ? Non et pourtant, il
n’y a pas eu d’intervention militaire contre elle !
Le
discours sur la souveraineté a certes des limites de plus en plus évidentes.
Les frontières ne peuvent pas être un sauf conduit pour les bourreaux de
toutes sortes. La non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays ne
peut plus être un principe permettant l’impunité des tyrans.
Au
XIXè siècle, le pays le plus fort au nom de la morale, de Dieu ou de l’intérêt
général imposait sa volonté sur le pays le plus faible. Ce qui fait le critère
de l’ingérence, ce n’est pas le bien ou le mal, c’est la puissance ou la
faiblesse. Celui qui est puni l’est beaucoup plus du fait de sa faiblesse que
de sa culpabilité. On est plus donc là plus dans un ordre néo-hégémonique
que dans un cadre où l’intérêt de tous serait le critère déterminant.
L’action unilatérale risque donc de nous ramener à une sorte d’impérium hégémonique
que justement la charte des Nations-unies voulait éviter avec le principe de
non-ingérence et de non interférence dans les affaires intérieures d’un
pays.
Il reste
nèanmoins à résoudre des questions de la première
importance. Comment la protection de la souveraineté peut être conciliée avec
la nécessité impérieuse d’agir contre les violations massives des droits de
l’homme comme ceux par exemple commis au Rwanda ou dans l’ex-Yougoslavie
dans les années 90 ? Comment faire en sorte les règles universelles qui
pourraient éventuellement justifier une intervention de la communauté
internationale afin d’établir un changement de régime soit définie
justement de façon universelle et non pas par un petit groupe d’Etats en
fonctions de leurs intérêts du moment ? Comment la communauté
internationale peut établir des règles applicables aussi bien au pays fort
qu’au pays faible pour éviter que les populations soientt
soumises à
l’inacceptable ? Enfin, comment légitimer ces normes et faire que les décisions
impliquant de les mettre en vigueur soient
réellement acceptables
par la communauté internationale ? En mai 2002 le Conseil de sécurité à
discuté officiellement de la nécessité d’intervention humanitaire quand les
populations civiles étaient placées sous une grande menace. Un rapport soumis
au Conseil de sécurité essaie de définir le seuil d’intervention pour une
juste cause qui légitimerait une intervention militaire international. Parmi
les exemples figuraient les pertes importantes de vie humaine présentes ouau
potentielles,
qu’il y est ou non intention de génocide attribué à une action délibéré
d’un Etat, sa négligence ou son impossibilité pour prendre des mesures
visant à l’empêcher ou un nettoyage ethnique de grande ampleur futur ou présent
qui pourrait être perpétué par le meurtre, les expulsions forcées, le
terrorisme ou le viol.
Mais
la question de la réforme du Conseil de sécurité est posée. Non pas celui de
ses pouvoirs qui doivent être confirmés mais celui de sa composition. Il est
vrai qu’il n’est plus réellement représentatif de l’état de la planète.
L’intervention
militaire ne doit être qu’un dernier recours,
une fois une fois épuisées toutes les possibilités de prévention
et de règlement pacifique d’un
conflit. Elle doit être proportionnée, c’est à dire ne mettre en œuvre que
le minimum de moyens nécessaires et avoir des perspectives raisonnables
d’atteindre son objectif. Toute solution qui ne rencontrera pas
l’assentiment, pas nécessairement unanime mais général, ne pourra être
durablement mise en œuvre. L’ingérence légale, reconnue et indiscutable,
existe déjà au titre du chapitre VII de la charte des Nations unies. Une ingérence
non discriminante passe donc par la mise en œuvre de ce chapitre et le
renforcement de l’ONU, et non par son affaiblissement engendré par des
guerres entreprises sans son feu vert. C’est la seule façon de mettre
l’usage de la force au service de l’intérêt général et d’en faire non
un instrument de puissance suffisamment au détriment des autres, mais bien une
force de police internationale.
Dans un monde globalisé les réponses aux défis et menaces ne peuvent être purement militaires. Le monde a avant tout besoins de réponses politiques et globales. Il n'y a pas de barrières technologique, militaire ou d'argent qui nous protégent des menaces extérieures. L'hégémonie n'est plus possible et ne peut constituer une réponse efficace. Seuls le dialogue, la compréhension le sont. Ne nous méprenons pas. Ce ne sont pas les valeurs occidentales qui sont critiquées, c'est lorsque nous ne les appliquons pas de façon cohérente que nous le sommes.
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Documento de
referencia para la primera sesión del Diálogo sobre Gobernabilidad, Globalización y
Desarrollo
Barcelona,
30 - 31 de octubre de 2003
por
Pascal
Boniface
(IRIS) -–
París
El
mundo en el que vivimos no ha surgido ni de la guerra de Iraq ni de los
atentados del 11 de septiembre. El papel de la ONU, el peso de los Estados
Unidos en el mundo, el debate entre unilateralismo y multilateralismo,
unipolaridad y multipolaridad, la división de Europa, estas problemáticas sólo
se han visto marginalmente modificadas por aquellos hechos, más reveladores que
fundacionales.
El
11 de septiembre de 2001 es sin lugar a dudas una fecha importante, pero no
cambió el rumbo de la historia. Su impacto emocional, que ha sido inmenso, no
guarda proporción con las escasas modificaciones que ha producido en las
estructuras internacionales. Bien se trate del peso de cada potencia en el mundo,
de la política que lleva a cabo, o bien de los grandes temas internacionales,
las variaciones son mínimas. Cada uno de esos temas ha seguido un rumbo ya
iniciado antes del 11 de septiembre. Los rasgos de continuidad son
indiscutiblemente más importantes que los de ruptura.
Si
se compara cómo era el mundo el 10 de septiembre de 2001 y cómo era el 11 de
septiembre por la noche, o cómo es hoy, nos damos cuenta de que las diferencias
no son fundamentales.
La
víspera de los atentados, los Estados Unidos son el país más poderoso de la
Tierra y la dominan como sin duda ninguna potencia ha dominado nunca el mundo.
Realizan una política calificada de unilateralista, considerando la voluntad de
las demás naciones algo deleznable y queriendo definir ellos solos las reglas
de juego mundiales. ¿Qué ha cambiado desde entonces? Nada, a no ser una
acentuación de esta tendencia.
Los
Estados Unidos, aunque han sido duramente golpeados, no han resultado
debilitados por estos atentados terroristas, su peso relativo en el mundo no ha
disminuido y no han sacado en conclusión que hubiera que adoptar una política
más multilateralista. En resumen, prosiguen una política cuyas bases son las
mismas que imperaban antes del 11 de septiembre.
Antes
del 11 de septiembre, Europa trataba de definir una política europea común de
seguridad y de conciliar la profundización de la construcción europea con su
ampliación. China seguía modernizando su economía, su máxima prioridad,
procurando hacerse oír más en el escenario internacional. Para ella, las
fechas clave son 1978 (cuatro modernizaciones de Deng Xiao Ping) o 2001 (pero
por la adhesión a la Organización Mundial del Comercio, no por el 11 de
septiembre). Japón intentaba salir de un marasmo económico en el que se
hallaba desde hacía más de doce años. Para Tokio, la fecha de referencia es
1990-91 y la entrada en la «década perdida», cuando se quebró un impulso
mantenido desde principios de los años cincuenta. Mucho se ha dicho acerca del
giro prooccidental que tomó Rusia tras el 11 de septiembre, simbolizado por un
acuerdo firmado en mayo de 2002 entre la OTAN y Moscú, pero el verdadero giro
prooccidental lo había dado Gorbachov quince años antes, y Putin sólo utilizó
los acontecimientos del 11 de septiembre para continuar la política que había
llevado a cabo desde que subió al poder. La guerra de Iraq ha demostrado los límites
de ese acercamiento rusoamericano.
Los grandes temas internacionales – desigualdades económicas internacionales, guerras civiles de África, conflicto de Oriente Próximo, conservación del medio ambiente, lucha contra las grandes pandemias – apenas han variado. El terrorismo existía antes del 11 de septiembre y la posibilidad de que grupos infraestatales realicen una acción internacional de importancia no surgió aquel día.
El
6 de agosto de 1945 hizo entrar al mundo realmente en una nueva era, la era
nuclear y bipolar, que ya no tenía nada que ver con el mundo anterior a la
Segunda Guerra Mundial.
El
9 de noviembre de 1989 es otra fecha de ruptura histórica. Todavía hoy vivimos
en un mundo moldeado en esa fecha. La caída del Muro de Berlín, la desaparición
del bloque soviético y el derrumbamiento de la URSS nos sacaron del mundo
bipolar en el que vivíamos desde 1947. El 9 de noviembre tuvo un impacto mucho
mayor que el 11 de septiembre. El 9 del 11 y no el 11 del 9.
La
década de los noventa quedará marcada por una afirmación abrumadora en el
escenario mundial de una América por fin liberada del molesto rival soviético.
Nadie podía contrarrestar ya su poderío. Los americanos dedujeron que ya no
podían considerarse un miembro normal de la comunidad internacional, que tenían
derechos más importantes y que ya no era posible dejarse encerrar en un sistema
de obligaciones contractuales o políticas definidas por países que,
irremisiblemente, no les llegaban a la suela de los zapatos, ni en poderío ni
en virtud democrática. Así pues, era preferible, tanto para el resto del mundo
como para los Estados Unidos, que éstos definieran su política internacional
solos y sin tener en cuenta el entorno exterior. El unilateralismo no nació
cuando la guerra de Iraq ni con el 11 de septiembre, ni siquiera con la elección
de George Bush, sino que ha ido creciendo a lo largo de la década de los
noventa. Fue durante la presidencia de Clinton cuando los Estados Unidos se
mantuvieron al margen de los grandes tratados multilaterales, desde la prohibición
total de pruebas nucleares hasta el Convenio de Kioto sobre el medio ambiente,
pasando por la Corte Penal Internacional y la prohibición de las minas
antipersonas. La elección de Bush y el 11 de septiembre constituyeron
acelerones del unilateralismo americano, no lo crearon de la nada.
La
percepción de su poderío sin parangón lleva hoy día a los Estados Unidos a
pensar que pueden hacer caso omiso de las normas de derecho definidas en común,
que pueden mostrar cierto desapego por las instituciones multilaterales, que
pueden dar preferencia a prácticas unilaterales y coercitivas, en una palabra,
a considerar lo que no hayan definido ellos solos como una imposición
injustificada, que coarta indebidamente su libertad de acción. Estas
servidumbres externas les parecen inútiles (siendo los Estados Unidos
portadores de valores universales, ¿quién mejor que ellos para promoverlos?) y
antidemocráticas (como el pueblo norteamericano se ha expresado libremente,
esas normas impuestas desde el exterior sólo pueden impedirles ejercer su libre
albedrío). Los Estados Unidos ven en la interdependencia únicamente la
dependencia respecto de los demás, que conviene evitar y limitar al máximo.
Sin
embargo, el unilateralismo no es el resultado forzoso de la unipolaridad.
La
unipolaridad es, o sería, el resultado de una situación objetiva de desfase
insalvable entre un polo de poder y el conjunto de los demás. El unilateralismo,
en cambio, emana de una elección voluntaria. Una cosa es observar la
preeminencia norteamericana y otra deducir que los Estados Unidos pueden actuar
solos sustrayéndose a la opinión de los demás estados o a las normas
establecidas en común.
De
la misma manera podrían deducir de su situación excepcional que deben tener en
cuenta las opiniones y los intereses del resto del mundo. El unilateralismo no
es posible sin unipolaridad – una potencia pequeña o mediana no puede permitírselo
– pero la unipolaridad no lleva automáticamente al unilateralismo. La
potencia dominante puede pensar, por el contrario, que un interés bien
entendido la lleva a mancomunar a sus socios y a no crear antagonismos con sus
rivales, como hicieron los Estados Unidos en 1945.
Entonces eran relativamente más poderosos que hoy en día. En aquellos tiempos representaban casi la mitad de la producción mundial y, sin embargo, iban a tomar decisiones que permitirían reconstruir países devastados por la guerra. Y lo que es más, iban a instaurar un sistema internacional basado en el multilateralismo y en las organizaciones internacionales: ONU, FMI, Banco Mundial, GATT y poco después OTAN, y apoyar la construcción europea.
Primero la crisis y luego la guerra de Iraq han dividido el mundo profundamente entre dos planteamientos calificados de “bando de la paz” y “bando de la guerra”. Estas denominaciones son, efectivamente, demasiado caricaturescas para reflejar la realidad con exactitud. Pero de hecho, aparte de la cuestión del uso de la fuerza contra Iraq, aparte incluso del futuro de Oriente Próximo, la verdadera cuestión que se planteaba era la del orden internacional. ¿Queremos vivir en un mundo multipolar o unipolar? ¿Deseamos aceptar un sistema de normas multilaterales o preferimos que cada estado establezca sus propias reglas? Y ¿cuál es la situación real?
¿Es deseable un mundo multipolar? Los Estados Unidos no lo creen así. Pero también numerosos responsables o expertos europeos piensan que un mundo unipolar es preferible a uno multipolar en el que fueran polos de poder una Rusia incierta y una China no democrática.
Tony Blair es sin duda la figura emblemática de esta actitud. En una entrevista concedida al Financial Times el 28 de abril, afirmaba que la mejor manera de impedir que Washington actúe unilateralmente consiste en aunar fuerzas con ellos, no en oponérseles. “Hay quienes hacen votos por un supuesto mundo multipolar con distintos centros de poder que, en mi opinión, se transformarían rápidamente en centros de poder rivales. Otros creen, y entre ellos yo mismo, que necesitamos una potencia unipolar que comprenda una asociación estratégica entre Europa y América. Quienes temen el unilateralismo de América deben entender que la manera más segura de provocarlo es crear un polo rival. El apartarse de la principal alianza estratégica que existe en su región sería para nuestro país un acto de automutilación”.
Pero ¿se puede combatir de verdad el unilateralismo sin un contrapeso frente a la potencia dominante? ¿Se puede evitar si se anuncia desde el primer momento que en ningún caso se discutirán sus decisiones? La promesa de alineamiento, desde luego, no es la mejor manera de evitar el unilateralismo, muy al contrario. En junio de 2003, Condolezza Rice, la Consejera para Asuntos de Seguridad del Presidente Bush, arremetía contra la perspectiva de un mundo multipolar por derivar del concepto de equilibrio de potencias que estaba en boga en el siglo XIX y que había conducido a exacerbar las rivalidades y en último término a la Primera Guerra Mundial. Según ella, un mundo dominado por los Estados Unidos sería un mundo pacífico, próspero y democrático. Si otros estados entraban en competencia con la potencia americana se producirían necesariamente conflictos. Este razonamiento es doblemente falso. Para empezar, el equilibrio de potencias permitió por el contrario evitar la guerra a Europa en el siglo XIX y al mundo después de la Segunda Guerra Mundial. Por otra parte, y aún más importante, si los proyectos americanos representaran el interés general, no habría ninguna razón para que las demás potencias, en concreto las aliadas, se opusieran a ellos.
Muchos europeos piensan que, sean cuales sean las diferencias de visión que podamos tener con los americanos, compartimos con ellos los mismos valores fundamentales, lo cual no ocurre con Pekín o Moscú. En consecuencia, independientemente de las divergencias que puedan separarnos de Washington, un mundo dominado por ésta es preferible a uno equilibrado por China o Rusia. Es cierto que la cuasi totalidad de nuestros conciudadanos preferiría vivir en los Estados Unidos a vivir en China o Rusia, pero esto no quiere decir que les interese o que deseen que el poder lo monopolice un solo país.
Pero un orden multipolar, que en principio resulta más aceptable, tampoco ofrece todas las garantías. La estabilidad derivada de un reparto de zonas de influencia puede conciliarse con regímenes no democráticos. Tal como se ha visto claramente en la era de la brecha entre el Este y Occidente, un mundo multipolar puede traducirse en un pacto tácito de no intervención en las zonas de influencia del otro, lo cual no resultaría democrático en absoluto. Otro riesgo es que, a falta de colaboración, numerosos problemas queden sin tratar ni resolver.
En último término, el mundo multipolar podría compararse a un cártel en el plano económico, que defiende los intereses de unos pocos frente al interés general. Las grandes potencias podrían ponerse de acuerdo sobre el reparto de zonas de influencia y someter a su voluntad a los países más débiles.
Así pues, el mundo multipolar no constituye una garantía automática de democracia internacional. Puede ser también un orden de imperialismos regionales o del statu quo en beneficio de algunos polos dominantes. Pero lo cierto es que el mundo multipolar sigue siendo la solución menos mala y la garantía de una diversidad mayor.
En primer lugar, porque para una nación actual el poder es ante todo la preservación de su margen de maniobra. Pero, si bien los europeos comparten los mismos valores fundamentales que los americanos, no siempre tienen la misma clave de lectura de los acontecimientos que ellos. Son los propios americanos quienes subrayan las divergencias, cada vez mayores. Pero es por parte de los Estados Unidos, no de Pekín o Moscú, donde hay un riesgo mayor de limitar el margen de maniobra de los países europeos. Es cierto que nunca habrá amenazas procedentes de Estados Unidos, sino una amistad a veces envolvente que puede transformarse fácilmente en vínculo de dependencia. Los países europeos están política y socialmente más próximos de los Estados Unidos, pero son éstos también quienes pueden tener más peso en sus decisiones y limitar su margen de maniobra. Estamos más alejados de China o de Rusia, pero éstas pueden interferir menos en nuestras opciones, tanto a escala nacional como por lo que respecta a la construcción europea.
En segundo lugar, un orden unipolar tiene, de hecho, límites bien visibles. El concierto de las naciones se concilia mal con un director de orquesta único. La potencia dominante, sea la que sea, tiene naturalmente tendencia a confundir interés nacional e interés general, con una conciencia tanto más tranquila cuanto que estima encarnar valores que se consideran universales o que tienden a serlo. El desfase de poder es una realidad, el mundo globalizado es otra. Un estado, por poderoso que sea y aunque se considere portador de valores universales, no puede establecer por sí solo las normas de la sociedad internacional. Cualquiera que fuera la sinceridad de sus gobernantes, tendería rápidamente a adoptar un comportamiento unilateral que sería forzosamente criticado o rechazado por los demás. La oposición al mundo multipolar apenas oculta la voluntad de permitir a una única potencia dominar al resto del mundo.
Por último, un orden que no respondiera a las aspiraciones de la mayoría no sólo sería moralmente inaceptable, sino que estaría abocado a no durar. Forzosamente lo denunciarían aquéllos que estuvieran infrarrepresentados en él. No ofrecería, pues, garantías ni de estabilidad ni de democracia internacional.
Hoy en día
vivimos, de hecho, en un mundo que no es ni unipolar ni multipolar. No es
multipolar porque no hay ninguna potencia que pueda compararse a los Estados
Unidos. El término "superpotencia", que ha pasado al léxico
corriente, ilustra bien la brecha que separa a los Estados Unidos de las demás
naciones. Pero el mundo tampoco es unipolar, simplemente porque en un mundo
globalizado ninguna nación, por poderosa que sea, está en condiciones de
dirigirlo. Los problemas que están teniendo los Estados Unidos para administrar
un país de 23 millones de habitantes, arruinado por tres décadas de dictadura,
trece años de embargo y tres grandes guerras, es una prueba palmaria de ello.
Pero lo que hay que desear, más que un mundo multipolar, es uno multilateral, basado en la colaboración y no en el enfrentamiento entre potencias y la dominación de una de ellas.
La
potencia europea es un proyecto encaminado a la autodeterminación general. Lo
que pretende es preservar los márgenes de maniobra de los países europeos,
tanto entre sí como respecto de los demás estados de la Tierra. Europa no
puede ser sospechosa de tentaciones hegemónicas. Se construyó para evitar la
guerra entre los países miembros. Se fue edificando a base de negociación, de
concesiones recíprocas, con una cultura de consenso sin caer en la impotencia.
Esto se explica por el hecho de que Europa no es una ampliación de Francia,
Alemania, el Reino Unido o España, sino la construcción negociada de un
conjunto político. La forma en la que se construyó Europa no deja de
repercutir en su manera de concebir el mundo. Ningún país miembro puede ni
quiere dominar Europa. Tampoco ella, por su parte, desea dominar el mundo. La
perspectiva de una "potencia europea" se considera en la mayoría de
los países como un factor de equilibrio que permita el surgimiento de un mundo
multipolar. Esto no ocurre con ninguna otra potencia, real o posible. En este
sentido, se puede observar con bastante facilidad lo que distingue a Europa de
los Estados Unidos. Ambos quieren encarnar valores universales. Pero los
americanos creen estar en condiciones de imponerlos y se están acostumbrando a
no tomar en consideración al mundo exterior. Por el contrario, Europa quiere
convencer, porque ha interiorizado la idea de que es la única forma realista de
hacer avanzar sus posiciones.
En
último término, es la relativa debilidad de Europa lo que la obliga a tomar en
consideración a los demás, o sea, a ser más fuerte. El poderío de los
Estados Unidos los lleva a olvidar que los otros existen, y ello los debilita.
Los
tres motivos principales de preocupación
Hoy
en día existen tres motivos de preocupación principales que están ligados
entre sí: el terrorismo, la proliferación de armas de destrucción masiva y el
choque de civilizaciones.
El terrorismo
Si se considera el terrorismo la principal amenaza para la seguridad, es obvio que hay que luchar contra sus efectos, contra los atentados, pero también reflexionar sobre sus causas a fin de combatirlo de manera eficaz.
Esto no significa en absoluto legitimarlo o disculparlo.
Nadie está predestinado a nacer terrorista, como algunos querrían hacernos creer. El terrorismo no es espontáneo, sino el fruto amargo, y ciertamente abyecto, de un proceso político degenerado.
Hay que procurar evitar que el terrorismo pueda captar a nuevos sicarios. La fuente del terrorismo no es la miseria; los países menos avanzados no son necesariamente los mayores proveedores de terroristas. La fuente es más bien una sensación de injusticia que produce rencor e incluso odio. Si un pueblo o una facción considera que sus derechos están siendo completamente pisoteados y que no tiene medios para hacerse oír, tendrá la tentación de recurrir al terrorismo. El terrorismo es moralmente indefendible, además de un callejón sin salida desde el punto de vista político. Priva de legitimidad a las reivindicaciones y produce el resultado de fortalecer a quienes pretende combatir y de perjudicar la causa que se supone defiende. Los atentados suicidas palestinos han ido en detrimento de la causa palestina. Así pues, se corre el riesgo de entrar en un ciclo perverso en el que el problema del terrorismo reciba sólo una respuesta militar, sin atender a sus causas. Ello provocaría una radicalización aún mayor de los grupos terroristas, pero sobre todo haría que la población cerrara filas alrededor de ellos, les permitiría ampliar su base de captación, galvanizaría el apoyo al gobierno por parte de la población afectada por los actos terroristas y acentuaría el respaldo a la represión. Entramos en un ciclo sin fin en el que se declara la voluntad de combatir el terrorismo mientras que se lo alimenta indirectamente; los terroristas, por su parte, fortalecen a quien pretenden combatir y debilitan a quien pretenden servir.
La política
americana, sobre todo cuando no se ve atenuada por los europeos, tiende mucho más
a alimentar el terrorismo que a combatirlo. Bush utiliza la guerra contra el
terrorismo con fines tanto de política interna (el pueblo americano, al verse
atacado, se une en torno a su presidente) como exterior (los países europeos
deben cerrar filas detrás de su líder). El acompañar a los Estados Unidos por
la vía puramente militar que quieren seguir para vencer al terrorismo nos
llevaría a una batalla sin fin que se alimentaría a sí misma.
La difusión de conocimientos científicos y técnicos que simboliza la globalización afecta también a la fabricación de armas. De éstas atrae la atención especialmente un tipo, las armas de destrucción masiva, a causa de la magnitud de los daños que pueden causar.
Estas armas son, en primer lugar, las armas nucleares, pero numerosos especialistas incluyen también entre ellas las químicas y biológicas, así como los misiles balísticos que pueden transportarlas. Esta categoría de armas de destrucción masiva no tiene, en realidad, una auténtica coherencia estratégica. Las armas nucleares son armas de disuasión, mientras que las químicas y biológicas lo son de uso. A lo largo del siglo XX se han cometido numerosas matanzas a gran escala sin utilizar estas armas llamadas de destrucción masiva, por ejemplo en la antigua Yugoslavia y, sobre todo, en Ruanda. Si bien los atentados del 11 de septiembre resultaron mucho menos mortíferos, demuestran que puede sembrarse una gran destrucción sin recurrir a lo que se ha convenido en denominar armas de destrucción masiva, que, sin embargo, son a menudo agrupadas bajo esa etiqueta común. Estas armas suscitan pavor y perturban la imaginación mucho más que los otros tipos de armas. La mayor parte de la comunidad internacional considera la lucha contra su proliferación una prioridad estratégica.
Se
teme a la vez que la propagación de estas armas aumente el riesgo de que sean
utilizadas y que los nuevos compradores no muestren el mismo buen juicio y
contención que los estados que las poseen desde hace más tiempo.
Así pues, se han establecido, para limitar la proliferación de estas armas, distintos regímenes que con mucha frecuencia tienen un carácter discriminatorio y han sido aceptados en general por la mayoría de los Estados.
Aun así, hay
que conceder a éstos algunas compensaciones, que pueden traducirse en seguridad
(garantía de no utilizar armas nucleares contra los estados que han ratificado
el TNP) o en esfuerzo de desarme por parte de las potencias nucleares.
Ahora bien, en cuanto al primer aspecto, los debates sobre estrategia que se están manteniendo en los Estados Unidos resultan inquietantes. Se habla de diversificar la gama de opciones nucleares para dotarse de armas de gran precisión y muy poca intensidad, que pueden penetrar profundamente bajo tierra para destruir refugios subterráneos y búnkers. Con esta nueva doctrina los Estados Unidos muy bien podrían emplear armas nucleares, no sólo contra un país que no las posea, sino también contra uno que no les haya atacado en absoluto. Para ello bastaría con que declarasen su voluntad de emprender una acción «preventiva», fuera del marco legal de la defensa legítima, contra un país que declarasen sospechoso de querer atentar contra su seguridad. Los partidarios de este cambio de doctrina arguyen que la guerra de Iraq habría terminado más rápidamente y mejor si al principio del conflicto, gracias a la eficacia de las armas nucleares de gran precisión, se hubiera podido matar a Saddam Hussein en su búnker.
Así se corre el riesgo de traspasar el tabú que separa armas nucleares y armas convencionales, de convertir las primeras en armas de uso y poner fin a la prohibición de las pruebas nucleares.
Los planes de los Estados Unidos, lejos de luchar contra la proliferación, podrían más bien reavivarla. La conclusión que los candidatos a la posesión del arma nuclear pueden sacar de la guerra de Iraq y de esta nueva estrategia es que, para estar a cubierto de la fulminación americana, vale más tener capacidad para responder e infligir daño que cumplir los compromisos de no poseer armas de destrucción masiva.
Corea del Norte, que oficialmente se declara en posesión de capacidad nuclear y que rechaza cualquier control internacional, recibe un trato diplomático de los Estados Unidos. Iraq, que negaba estar en posesión de armas nucleares y aceptaba un control ilimitado de sus instalaciones, ha sido objeto de la respuesta militar que ya conocemos.
Una lucha eficaz contra la proliferación presupone, pues, la estricta aplicación de los tratados y convenios vigentes y unas garantías de seguridad que se den a los países que renuncien a las armas nucleares. Es el Consejo de Seguridad de la ONU quien ha de estar en condiciones de actuar cuando se violen obligaciones que se han asumido voluntariamente.
Frente a la teoría del enfrentamiento de las civilizaciones se cometen con frecuencia dos errores. El primero consiste en creer en su ineluctabilidad, en pensar que es un futuro del que no se puede escapar y para el que hay que prepararse en consecuencia. Nada más lejos de la verdad. El conflicto entre las civilizaciones no está más sujeto al automatismo o al determinismo que el conflicto entre los estados. La historia la hacen los hombres, los pueblos y los gobernantes, y sus actos y decisiones pueden conducir tanto a hacer la guerra como a evitarla. El enfrentamiento entre musulmanes y occidentales no está predeterminado. Es más, corremos el riesgo de convertir esta idea en profecía autocumplida. A fuerza de hablar como si se tratase de un acontecimiento que ha de producirse por necesidad, propiciamos las condiciones de su advenimiento. Si occidentales y musulmanes se acostumbran a discursos que los presentan como enemigos irreductibles, irán creyéndoselo poco a poco y terminarán por mantener relaciones de auténtico antagonismo.
Pero
el otro error consiste en refutar esta tesis por motivos de "corrección
política" y confundir, como suele hacerse, lo que se desea evitar con lo
que es imposible. Una cosa es decir que la guerra entre civilizaciones sería
una catástrofe; otra, decir que hablando demasiado de ella se hacen realidad
las condiciones que podrían hacerla posible. Pero concluir que sólo porque no
es deseable no va a ocurrir sería un gran error. Es obvio que hay que evitar
las guerras entre civilizaciones. Pero para ello no basta contentarse con
anatemizar esta idea, sino que hay que cumplir las condiciones políticas para
que no ocurran. Ni la mera condena moral ni la política de deseos piadosos
pueden ser armas eficaces. En resumen, en lo que respecta a la guerra de las
civilizaciones, hay que evitar tanto las profecías autocumplidas como los
deseos piadosos.
Como ya hemos dicho, los atentados del 11 de septiembre reavivaron el debate sobre el choque de civilizaciones. Como Bin Laden había provocado la destrucción de las torres del World Trade Center en nombre de Dios, la teoría del choque de civilizaciones se veía consagrada en los hechos después de haberlo sido en los comentarios. Hasta el propio George Bush empleó torpemente el término “cruzada” antes de corregirse. Todos los responsables occidentales insistieron al unísono – con la excepción de Berlusconi [1] - en que había que distinguir entre Bin Laden y sus acólitos y el mundo musulmán en su conjunto, recalcando que Bin Laden era también una amenaza para los gobiernos y pueblos árabes. Las declaraciones refutando la tesis del choque de civilizaciones se multiplicaron. Pero si bien esto es preferible a la situación contraria, no basta para eliminar el peligro.
El conflicto palestino-israelí se encuentra en el núcleo de la problemática de la guerra de civilizaciones, aun si Huntington no se extiende demasiado en él. De hecho, no incluye la civilización judía entre las ocho que describe.[2]
La resolución del conflicto palestino-israelí con la creación de un estado palestino viable al lado de uno israelí con fronteras seguras y reconocidas no pondrá fin a todas las perspectivas de enfrentamiento entre el Islam y Occidente, y tampoco suprimirá toda posibilidad de atentados terroristas. Podrá aún haber coletazos, pero tal solución privará de un argumento clave a todos los que en el mundo musulmán presentan a Occidente como un enemigo. Con razón o sin ella, el destino reservado a los palestinos, el incumplimiento de las resoluciones del Consejo de Seguridad sobre el conflicto de Oriente Próximo mientras que se es tan exigente en otros casos, suscita un malestar cada vez mayor. La idea cada vez más extendida de que los Estados Unidos nunca incomodarán a Israel, haga lo que haga, ni lo someterán a presión, se considera, no sólo en el mundo árabe sino en todo el mundo musulmán, una prueba del doble rasero y de la hipocresía occidentales. Puede decirse que el conflicto palestino-israelí goza de excesiva cobertura informativa en relación con el número real de víctimas que provoca, que a algunos regímenes árabes les sirve de válvula de escape fácil para canalizar la energía de las masas desviándola de los problemas políticos internos. Todo esto es verdad, pero no debe ocultar el hecho de que la persistencia de este conflicto y el destino reservado a los palestinos están creando una frustración cada vez mayor en los países musulmanes y es una fuente de resentimiento hacia los países occidentales, especialmente los Estados Unidos, que dan la impresión de dejar a Israel hacer absolutamente lo que le viene en gana. Esta sensación es forzosamente subjetiva, pero ha cobrado tal fuerza que ha pasado a constituir algo objetivo. Claro que se puede recordar que la declaración de Bin Laden sobre la justificación de la guerra contra los cruzados y los judíos data de 1998, momento en el que reinaba un optimismo relativo en cuanto al proceso de paz. También se puede recordar que los primeros atentados contra el World Trade Center se organizaron en 1993, cuando el Proceso de Oslo era fuente de esperanza sobre la resolución del conflicto palestino-israelí. Pero no es menos cierto que la persistencia de este conflicto es un yacimiento de odio.
Actualmente hay un amplio consenso sobre cuál ha de ser el resultado último, que sólo los extremistas de ambos campos se obstinan en rechazar. Sería el derecho de Israel a existir dentro de fronteras claras y reconocidas y el de los palestinos a tener un estado viable.
Para este conflicto sólo puede existir una solución política, pero ante la incapacidad de ambos protagonistas para ponerse de acuerdo, resulta evidente que será necesaria una intervención externa para hacerla realidad.
Lo que está en juego entre israelíes y palestinos es ahora mucho más que el destino de estos dos pueblos. Lo que en 1967 no era sino una toma circunstancial de territorio como garantía (es decir, a fin de cambiarlo por la paz) y un pueblo del que en un principio nadie hacía caso alguno, sobre todo en el mundo árabe, se fueron convirtiendo poco a poco y sin que ningún acontecimiento particular marcara un hito, en el epicentro de un eventual choque de civilizaciones. Esto ha sido seguramente un efecto derivado de la globalización, que funciona también para los pueblos árabes. A fuerza de ver todos los días en la televisión los tanques israelíes en las calles palestinas, soldados disparando contra civiles y casas destruidas, los palestinos han pasado a ser, sin buscarlo realmente, la causa árabe. A los Estados Unidos se les reprocha en cada caso el que sean el país que hace que la balanza se incline a favor de Israel, que ha desequilibrado el juego entre árabes e israelíes.
A los israelíes no les falta razón cuando dicen que en el mundo actual hay otros conflictos mucho más sangrientos y crueles que el que los enfrenta a los palestinos. Sólo hay que echar un vistazo por encima al continente africano para convencerse. Tampoco les falta razón cuando aducen que la situación de los chechenos es menos envidiable que la de los habitantes de los territorios ocupados. Pero los africanos se masacran entre ellos; lo que se reprocha a los occidentales es que no intervengan. Y Rusia se las arregla sola en la guerra de Chechenia; el mundo occidental no le pone trabas, pero tampoco le presta ayuda. Este conflicto palestino-israelí, secundario en cuanto a la extensión geográfica y al número de muertos, es de primer orden por sus posibles consecuencias geoestratégicas. Se encuentra en la Zona Cero de una guerra, la de Occidente y el Islam, porque cada vez más musulmanes consideran responsable al mundo occidental de la impunidad de Israel frente a los palestinos. Así pues, dependiendo de que este conflicto se resuelva o no, las perspectivas de un choque de civilizaciones se alejarán o acercarán. El destino del mundo puede decidirse en estos pocos kilómetros cuadrados. Israelíes y palestinos han venido a ser, a su pesar y sin darse cuenta, los depositarios no sólo de un posible cambio de paradigma de conflictos, sino también de un eventual advenimiento de un conflicto de civilizaciones de primer orden. Es por esta razón, más que por compasión hacia la población afectada, por lo que ya no puede dejarse el conflicto en manos de sus protagonistas únicamente, si siguen empeñados en no resolverlo. Es decir, que ya no les pertenece.