Un exemple de dissertation philosophique

La peine de mort présentée par les deux opinions éthiques opposées, en 4 pages chacune

Voici

Pour et contre la peine de mort

« La peine de mort est-elle juste ou injuste ? »

sujet de dissertation philosophique

PLAN: La question: « La peine de mort...»

Le principe: Le devoir, le plaisir, l'ordre social, la liberté individuelle, la conscience, la justice, la prudence, la logique, la nature, etc.

L'argumentation: (la plus longue partie): arguments tirés d'Aristote, des sciences de l'homme et de la nature, de l'expérience commune, de votre expérience personnelle, de l'Histoire, de la logique envers les principes évoqués, de la rhétorique, de vos lectures littéraires, des films sérieux, etc. Un argument rhétorique se définit ainsi: le plus bas, il fait rire votre lecteur, ridiculise votre contradicteur, contient une part de vérité. N'en utilisez pas trop.

En conclusion, le choix éthique: Non, leur choix est éthiquement fautif, et inacceptable moralement.

Oui, mon choix est éthiquement correct et acceptable moralement.

Oui

La peine de mort est-elle juste ou injuste ? Assurément qu'elle est juste, et je vais le démontrer par l'irrécusable principe de l'égalité entre le préjudice et le châtiment.

En vérité, il y a plusieurs principes à partir desquels la peine de mort se justifie. Autant de principes qui sont autant d'arguments valables. Mais il y a bien d'autres arguments qui ne sont pas des principes -des points de départ-, mais qui découlent des principes. Par exemple, l'ordre social est un principe, et l'argument qui en découle est la nécessité de ne pas avoir peur de ses compatriotes qui s'abandonnent au crime contre nous. Il y a un ordre social à préserver et le criminel le bouleverse. Il n'y a pas d'ordre social qui se tienne sans la fermeté punitive qui le préserve. Cette peur constante ou aggravée saboterait toutes les ententes entres les citoyens et couperait à terme tous les liens sociaux. Ainsi, éliminer physiquement les assassins nous rassure contre eux. La peur que les meurtriers nous inspirent disparaît par leur disparition.

Notre compassion à ne pas les exécuter n'est pas la grandeur d'une âme ferme, mais une faiblesse d'une intelligence inconséquente.

Il n'y a pas de reconnaissance à espérer d'un meurtrier qu'on absout. Il recommencera en vous riant au nez de vous avoir berné. Vous vous laissez berner par le criminel qui demande une grâce qu'il a lui-même refusée à sa victime. En intelligence le meurtrier paraît plus solide que vous l'honnête citoyen. Le meurtrier a intérêt à être plus retors que vous pour sauver sa vie, mais vous avez l'obligation de l'être tout autant, voire plus, pour réparer celle qu'il a réduite à néant, et prévenir ses potentielles victimes.

La loi, qui doit être obéie par les meurtriers, ne l'est pas et ne le sera pas plus par les bontés que vous leur prodiguerez à votre détriment; mais elle sera bel et bien obéie par la force que vous leur imposerez.

La loyauté envers notre loi commune fait le bon citoyen, la déloyauté le mauvais. Le meurtrier, déloyal au suprême degré, doit subir le châtiment tout aussi suprême. Le même qualificatif tient lieu d'égalité, donc de justice, entre la faute et le châtiment.

Quand un voleur est puni, ne trouve-t-on pas juste et conséquent qu'il rembourse la valeur du bien volé; on exige même qu'il rembourse un peu plus pour compenser le désagrément temporaire causé au volé et pour effacer l'injure faite à la loi transgressée. Il est illogique d'en exiger moins d'un meurtrier qui cause un tort plus grand encore, car irréparable.

Le contrat social, métaphore imaginée par Hobbes et reprise par Rousseau, par lequel je m'engage au respect et secours mutuels avec mes semblables, fonde la société. Ce contrat a été rompu par le meurtrier qui fit sur sa victime tout le contraire du respect et du secours. Il est passible de la peine de mort dit l'un des tout premiers fondateurs de la démocratie libérale moderne, John Locke. Rousseau pensait de même, et Kant aussi. Le plus grand humaniste de la Renaissance, Érasme, acceptait même qu'on les torture.

La peine de mort existe depuis plus longtemps et dans plus de pays que son contraire. La constance géographique et historique doit prévaloir sur une nouveauté dont l'efficacité n'a pas encore pu être universellement prouvée, sur une mansuétude qui nous paraît une trahison envers la justice séculaire, voire multimillénaire. Une loi ancienne, même sévère, est meilleure qu'une loi nouvelle, même plus douce. L'ancienneté contient un plus grand réservoir d'expériences concluantes qu'une nouveauté.

Les intellectuels, les humanistes, les philosophes, ceux qui se croient plus éclairés que les autres, préconisent l'abolition de la peine de mort; mais le peuple, le peuple au bon sens a toujours reconnu la justesse de la peine de mort pour le meurtrier. Les membres de l'intelligentsia veulent toujours paraître plus intelligents que la loi, et tentent toujours de la modifier au dernier moment et selon leurs désirs. Le peuple veut bien plutôt la stabilité des lois, car il voit la justice dans la constance. À l'opposé, les autres prétentieux, qui dans les media compétitionnent par vanité publicitaire et ambition politique, voient à tort la justice dans la conformité de la loi à la meilleure idée qu'ils viennent tout juste de cogiter. Ces humanistes errent et se laissent griser par le plaisir d'argumenter habilement, tandis que c'est le peuple qui vivra avec leur meurtrier qu'ils auront épargné et qui paieront $70 000 par an pour le garder en prison jusqu'à ce qu'il y rende l'âme par la voie naturelle, qu'il a bloquée naguère à sa victime. Les grands chefs mafieux sont plus forts que de nombreux États, contrôlent dans l'ombre de grands États démocratiques comme l'Italie de Andréotti dans les années 1980s, corrompent juges, avocats, ministres, fonctionnaires, législateurs, policiers., et tuent assez souvent de jeunes enfants, volontairement ou par accident lors des guerres de clans. Le refus des intellectuels de la peine conséquente à un tel péril amène nos pays à leur perte. En conséquence, la démocratie implique que l'opinion du peuple, plus nombreux, plus sensé et moins idéaliste, prévale.

Il y a même une secrète connivence entre ces beaux esprits faussement charitables et les meurtriers. Tous ces psychologues, philosophes, avocats, gardiens de prisons, commissaires aux libérations conditionnelles gagneront facilement et confortablement leur vie à s'occuper des petits bobos psychologiques, juridiques et sociaux de ces pauvres petits misérables gardés en prison à nos frais à se polir les muscles au body building à même des jouets qui nous coûtent la peau des fesses ! Et que dire de ces professeurs contre la peine de mort, pourtant bien éloignés des prisons et des cours de justice, qui pontifient sur les nécessaires bonté et mansuétude humaines. En vérité, ils se tapent vaniteusement la bedaine devant leurs étudiants, qui préféreront toujours un professeur gentil à un professeur sévère.

Il faut éviter de se laisser berner par la magie doucereuse d'un bel idéal, mais au contraire se laisser conduire par la fermeté du réel qui consiste ici dans l'horreur d'un crime et la perte d'une vie noble et chère à ses proches. Le monde idéal, angélique et déconnecté des abolitionnistes n'est pas le vrai monde. Le vrai monde, c'est celui des meurtriers et des victimes. Vivons donc sur terre si nous voulons y vivre longtemps.

Aurions-nous la même attitude envers le meurtrier de notre propre femme, de notre propre mari, frère, sœur, et enfant chéri ? N'appliquons pas un double mesure, qui est une injuste mesure, en graciant un meurtrier qui ne nous a pas touché et en tuant par juste colère le meurtrier de ceux qu'on chérit le plus au monde. Quand il y a deux justices, il n'y a pas de justice. Nous pouvons le vérifier empiriquement: allons interviewer les anciens abolitionnistes victimes à leur tour d'actes criminels graves.

Le meurtrier n'avait rien à craindre de la victime, et il l'a tuée. Nous avons à craindre de lui et il voudrait qu'on l'épargne ? La logique, par nature, est la suite conséquente. Si nous refusons la logique, nous serons contraints de le récompenser pour son meurtre. L'absurdité guette l'inconséquent par faiblesse, guette le bon sans tête et le bienveillant sans prudence.

Le meurtrier fut nourri par ses parents respectueux des lois, instruit à l'école payée par ses compatriotes, et il nous rend ces bontés par la mort d'un innocent, par convoitise, colère, ou froide préméditation. L'indignation est dès lors juste, et le pardon aberrant. La nature elle-même, notre guide en la matière, est plus juste que les abolitionnistes. Un champ donne des fruits s'il a reçu de la pluie et du soleil, et ne donne rien s'il reçoit froidure, sécheresse et obscurité. Il est donc, métaphoriquement à tout le moins, non naturel d'épargner la vie de celui qui l'enlève aux autres, qui ne rend pas les bontés reçues. Pire encore, il nous les renvoie souillées de sang, de haine et de mépris.

Le meurtrier n'a rien, ou presque rien, à reprocher à la cité qui lui a donné la vie. Il a préféré avec arrogance la force brutale avant le droit. Il est donc minimal que nous lui imposions en conséquence la force ultime avec le droit. En plus, si nous acceptons la légitime défense qui nous excuse de tuer notre agresseur, pourquoi refuserions-nous le même droit au tribunal qui représente la société tout entière ?

Même s'il a quelque bonne raison de tuer sa victime, lui donner raison pour ses raisons est une incitation pour d'éventuels meurtriers d'en trouver de meilleures qui échapperont à votre lucidité, déjà obscurcie par votre bonté mal placée. L'économiste peut signaler que si le crime est payant, vous créez une offre criminelle. Si le crime est coûteux, vous en diminuez l'offre d'autant. Si vous demandez ardemment la punition la plus sévère, son prix (nombre d'exécutés) sera d'autant plus bas que votre demande sera forte. Le crime coûte moins cher à combattre quand on le combat avec la rigueur extrême, et devient à la longue fort coûteux quand on l'encourage par notre faiblesse à le punir sévèrement.

L'exemplarité du châtiment en vue de la dissuasion a été mis en doute récemment par des statisticiens. Mais les statisticiens peuvent-ils quantifier les crimes dissuadés qui n'ont pas été commis ? Pour qui sait compter, un meurtrier de moins sur terre, c'est avec une certitude absolue, un récidiviste potentiel de moins. Nous reconnaissons que cet argument ne convainc guère ceux qui ont besoin d'être tués pour comprendre.

Plus encore, nous les invitons à pratiquer l'exercice de logique suivant: à propos de l'abolition de la peine de mort, que les assassins commencent les premiers !

Chez les êtres humains, la peur --disent les spécialistes en marketing-- est le sentiment le plus puissant, celui qui fait agir les gens avec le plus de force et de promptitude. Voilà le bon sentiment excitable pour dissuader le criminel potentiel. Vos bontés au contraire l'attirent et l'encouragent comme le miel. Le temps et l'argent que nous consacrerons à combattre des criminels de plus en plus nombreux et des crimes de plus en plus grands nous seront gaspillés et soustraits pour toutes les autres bonnes et belles occupations et entreprises de la vie. La peine de mort ne punit pas seulement le criminel, elle récompense le bon citoyen., et inversement.

La pitié, la souplesse, l'indulgence valent pour les amis de la cité, non pour ses ennemis. Qui n'a pas de bonne volonté envers toi ne mérite pas ta confiance, encore moins ton pardon en cas d'agression. Penser le contraire, c'est un abandon suicidaire à toutes les forces néfastes à la vie. Il faut se remémorer la peur, la douleur de la victime quand on juge de la peine, non le visage impassible, voire même bon enfant, du meurtrier tiré à quatre épingles dans le box des accusés. Tout homme au repos attire naturellement la sympathie. Vous ne jugez pas un homme silencieux, mais un crime odieux. Identifiez-vous à la victime, car sans elle il n'y aurait ni crime, ni châtiment. Si vous vous identifiez plutôt au meurtrier, un de vos compatriotes, ou vous-même, serez sa prochaine victime. Donneriez-vous un cadeau empoisonné à vos amis? Alors pourquoi vous en donner un à vous-même en laissant un meurtrier vivre dans votre pays ?

Si vous l'épargnez, le meurtrier vous sera-t-il reconnaissant ? Même les abolitionnistes n'avancent pas cet argument tellement il est aux antipodes de la réalité des choses. Non seulement le meurtrier ne vous remerciera pas sans mentir, mais il vous tuera à la première bonne occasion où un vif intérêt lui en donnera l'envie. Le narcissisme d'un meurtrier est colossal et la nécrophilie est inguérissable.

Le Christ, lui-même mort sur la croix, et injustement, n'a pas nommément réprouvé la peine capitale. Les abolitionnistes se croiraient-il plus saints que lui ?

La peine de mort réaffirme la valeur de la vie. Ce paradoxe atroce affirme qu'on punit de mort ceux qui tuent pour avoir méprisé le respect de la vie. Il est oiseux de prétendre que tuer par justice est aussi meurtrier que tuer par crime, car l'antériorité est l'argument majeur pour réfuter cette spécieuse allégation. Le meurtrier criminel a tué le premier, la société l'élimine bien après. En clair, le meurtrier est cause des deux morts: celle de sa victime et la sienne, et il le savait avant de commettre les deux.

Il est évident que la peine de mort s'applique au criminel sain d'esprit, en bonne capacité de ses facultés principales, en l'occurrence le jugement moral par lequel on distingue le bien du mal.

D'ailleurs, sa santé d'esprit plaide contre le meurtrier qui veut échapper au châtiment suprême. Souvent, il a tué sa victime pour cacher un forfait moindre. Il a volé une vie pour cacher un vol de voiture ou un vol au dépanneur, pour s'éviter une petite peine. La vie des autres ne pèse pas plus lourd en son esprit que 6 mois de prison pour une rapine minable. Dit autrement, l'immense douleur qu'est la perte de la vie ne pèse rien en son esprit sain en comparaison d'un petit sacrifice compensateur pour la société. Si nous lui appliquions sa propre échelle de valeur, nous devrions le pendre pour un excès de vitesse. Et il nous refuse sa vie pour compenser celle de sa victime. Pourquoi aurait-il le droit, pour défendre sa vie, d'être plus illogique que nous? Pourquoi même argumentons-nous pour justifier une action punitive sur un criminel qui n'est lui-même ni juste ni logique ?

À la rigueur, si nous concédons que la peine de mort est une injustice envers le meurtrier, il mérite encore la mort pour que nous vivions en paix et en toute sécurité. Même si la peine est trop dure, sa disparition nous est trop nécessaire. La seule pensée qu'il pourrait recommencer suffit à l'éliminer pour notre quiétude d'esprit. Il lui appartenait de réfléchir à cette peine exagérée avant de commettre une faute si grande. Il a pris un grand risque pour un plaisir morbide fort grand. Il est normal et juste que le joueur perdant perde sa mise. D'ailleurs, cette exagération du châtiment n'est qu'apparente. En effet, si c'est beaucoup de peine sur un seul, l'inquiétude de le savoir encore vivant est une petite peine sur des millions de citoyens. La masse dispersée égale bien la masse concentrée.

La meute de loups chasse selon des rôles stricts attribués à chacun. Pourquoi serions-nous moins intelligents que les loups qui abattent tout congénère déviant pour préserver la cohérence et le bon fonctionnement du groupe ? La nature, dit Aristote, est ce qui est toujours et ce que l'homme ne peut modifier. Si nous la modifions la nature par fantaisie démissionnaire et imprudente, tel Icare, nous tomberons du ciel comme lui.

Il ne faut surtout pas tarder dans l'application de la peine de mort contre les meurtriers, car le temps émousse l'indignation, l'un des fondements du critère du mal dit Aristote lui-même qui n'était pas abolitionniste. La bonté naturelle de l'homme peut bénéficier au criminel quand le temps efface en nos esprits l'horreur de ce corps mutilé de la victime qu'il a avilie.

Si, finalement, vous jugez que la peine de mort heurte insupportablement votre jugement moral, rien ne vous empêche de quitter vous-même la société pour vivre sur une île déserte. Vous serez à l'abri de la peine de mort, car vous y serez le seul législateur et vous l'interdirez. Mais êtes-vous bien sûr d'être à l'abri d'un meurtrier de passage ? Les meurtriers ne respectent pas plus le droit de propriété que la vie du propriétaire. Même le pape, entouré de saints hommes, s'entoure de gardes suisses dont il n'est pas dit qu'ils servent uniquement pour les affaires extérieures... Selon certaines spéculations, Jean-Paul 1er aurait été empoisonné.

En conséquence et finalement, oui, mon choix de la légitimité de la peine capitale est éthiquement correct et acceptable moralement.

Jacques Légaré, phd

« La peine de mort est-elle juste ou injuste ? »

sujet de dissertation philosophique

Non

La peine de mort est-elle juste ou injuste ? Assurément qu'elle est injuste, et je vais le démontrer par l'irrécusable principe de l'égalité entre toutes les personnes humaines, qu'elles soient vertueuses ou accablées par l'une des faiblesses les plus graves qui soit, la faute criminelle meurtrière

Les partisans de la peine de mort pêchent toujours par l'emportement et la précipitation, qui sont les caractéristiques des intelligences rustres, aveugles et bornées. Jadis, on pendait illico les assassins, voire les voleurs et les mendiants affamés. Aujourd'hui, les délais sont plus longs, et semblent augmenter l'impatience des partisans de la peine de mort. La preuve en est qu'ils ont toujours quelque rage qui anime le fond de leur argumentation. Ils usent même de la calomnie et du dénigrement en traitant de lâches ceux que la réflexion guide ou que la bonté naturelle anime. Avec habileté, les partisans de la peine de mort vont même insinuer que les abolitionnistes ont quelque intérêt à la récuser, comme s'ils étaient payés en sous main par la mafia ou lui étaient attachés par quelque lien infâme. Le combat loyal des idées est le seul digne d'une démocratie et d'un pays d'excellence.

On comprend aisément les proches des victimes de vouloir la mort du meurtrier d'un être cher. Mais devraient-ils avoir droit à la discussion s'ils ont l'esprit obscurci, le jugement troublé par une peine extrême ? Laisse-t-on le médecin ivre opérer un malade ? Un professeur gelé donner son cours ? Un policier cardiaque procéder à des arrestations ? Apollon, dieu de la raison calme chez les Grecs, était le seul que l'on invoquait pour les causes extrêmes; jamais Dionysos, dieu du vin et de la déraison chez les Grecs, qui était toujours saoul avec les hommes-satyres et les femmes-ménades dans une orgie permanente. Bref, la sagesse est au rendez-vous des passions calmées.

Le bon sens doit nous guider dans la disposition légale d'un meurtrier. Pourquoi penser à lui ? Ne vaut-il pas mieux penser, dans un premier temps, à notre intérêt seul ? Nous nous épargnerons d'être guidés par l'esprit de vengeance ou par quelque douleur liée à son crime.

Quel intérêt avons-nous de transformer un homme, même méprisable, en steak haché ? Le mangerons-nous comme nous mangeons les bœufs, les moutons et les poulets que nous abattons ? Sommes-nous comme Hitler qui faisait faire des tapis avec les cheveux de ses victimes juives, et des toiles d'abat-jour avec leur peau desséchée ? L'acte exterminateur lui-même, sans intérêt pour nous, est donc insensé à l'aune de nos intérêts immédiats.

Le mal est naturel en l'homme, comme l'eau des rivières. Aucune loi ne peut empêcher le crime d'apparaître. Pourquoi une punition extrême empêcherait le crime de réapparaître, ou ressusciterait la victime, si aucun barrage ne peut arrêter une rivière, qui finit toujours par le déborder ?

Dans l'histoire, les châtiments les plus cruels, les plus infamants, les plus épouvantables ont été infligés, sans que jamais ces crimes ne disparaissent dans les contrées où ils étaient appliqués. On poussait même l'exemplarité de la peine en exécutant sur la place publique, à coups de barres de fer et devant les yeux des enfants les plus sensibles, les suppliciés qui hurlaient à faire vomir ceux qui avaient le courage de ne pas se boucher les oreilles. Les meurtres à ces sombres époques des châtiments horribles, nous relate J.-C. Chesnais dans son Histoire de la violence, étaient plus nombreux qu'aujourd'hui.

Il y a toujours des voleurs dans les pays où on leur coupe la main. La raison est simple: le meurtrier n'entre pas dans ses calculs la peur du châtiment qui le laisse insensible, qui n'est que possible, et qui n'arrive qu'aux autres. Cessez-vous de conduire malgré le millier de morts annuel sur nos routes québécoises ? Les accidents n'arrivent qu'aux autres se dit l'automobiliste, comme la peine capitale n'arrive qu'aux demeurés se dit le meurtrier

Le dénuement, l'arrogance, la convoitise, la présomption, l'ambition démesurée, l'audace ivre et juvénile, la fièvre romantique, la prétention vaniteuse, toutes ces passions irréfléchies font des meurtriers des jouets involontaires pour des crimes qu'ils ne contrôlent qu'à moitié, pour ne pas dire nullement. Le meurtrier ne calcule même pas qu'il pourrait se faire prendre ! Jamais une délibération sans faille ne précède un meurtre. Ce n'est qu'en apparence qu'un meurtrier calcule et suppute. Derrière son geste se meut une force impérieuse qui commande à toute sa personnalité.

La dissuasion présumée de la peine de mort est absolument nulle pour la raison évidente suivante: A-t-on déjà vu un meurtrier commettre un crime avec la certitude de son châtiment ? Ils croient tous être assez malins pour en échapper. Ainsi, la peine prévue, même capitale, ne peut les dissuader. Peut-on craindre ce qu'on croit ne pouvoir arriver ?

Il peut même arriver que la peine capitale incite au meurtre, et les multiplie. Pourquoi s'arrêter de tuer qu'une seule victime si en tuer plusieurs ne peut aggraver la punition déjà maximale ? En plus, le meurtrier résistera aux policiers en les tuant plus allègrement s'il sait qu'il n'a rien à perdre puisqu'il a déjà tout perdu.

Si nous réussissons par nos soins vigilants à réhabiliter un meurtrier, surtout les meurtriers colériques ou sous l'effet de l'alcool ou de drogues, nous gagnons, nous retrouvons un citoyen perdu. Nous coupons-nous le doigt parce qu'il est enflé ? Nous le coupons quand est il déjà sans vie par brûlure ou engelure. Pourquoi enlever à la vie un citoyen toujours vivant, possiblement, voire probablement, réformable et rééduquable ?

Albert Camus disait: «Entre la justice et ma mère, je préfère ma mère». Ne devons-nous pas travailler à ce que la Justice soit, pour tous et chacun d'entre nous, plus une mère qu'un bourreau ?

La vigilance préventive de nos institutions doit prévaloir sur la sévérité de nos lois. Vaut mieux s'abstenir de salir que de constamment nettoyer. Serait-il sage de paresseusement tuer les meurtriers au lieu d'essayer de comprendre à fond, scientifiquement, le crime qui a pris naissance en eux au point de les amener au bord de leur propre mort ? Par la recherche, animée d'espoir et de talents, la civilisation croît en qualité de vie. Mettons nos ressources à la prévention et à la rééducation des meurtriers, à la recherche médicale et à la recherche scientifique en sciences humaines pour un jour avoir la maîtrise totale de la criminogènie, qui nous amènera à tarir le crime à sa source: les personnalités troublées ou malades, et les environnements socio-économiques criminogènes. Pasteur ne brûlait pas les virus et les bactéries, il les étudiaient. Ceux qui tuent par justice n'ont jamais rien inventé, sauf la guillotine et la chaise électrique; ceux qui aiment la vie par dessus tout ont inventé les millions de produits qui la maintiennent et l'embellissent. Une cité, un pays, une civilisation grandissent des cerveaux qu'ils attellent à résoudre les problèmes les plus difficiles et apparemment insolubles. Les solutions mécaniques et expéditives (arrache-lui la tête !) sont l'antipode des remèdes efficaces, spécifiques aux problèmes précis. Elles prennent du temps, mais sont les meilleures, comme les vins les plus vieux, les institutions les plus anciennes, les chefs-d'oeuvre les plus antiques.

Le risque de condamner un innocent est toujours assez élevé. L'histoire en rapporte d'assez nombreux exemples, tel M. Milgaard dans l'Ouest canadien. Il vaut mieux 100 meurtriers vivants en prison qu'un seul innocent jeté dans sa tombe par une justice accidentellement errante. Dans le cas de O.J. Simpson, toute l'Amérique était divisée sur son cas, et elle le serait assez souvent pour d'autres cas tout aussi peu clairs.

Si nous regardons le bien de la population dans son ensemble, elle se croit elle-même mieux gérer par des lois douces que des lois dures. On aime la douceur pour soi et tout le temps. Il serait illogique de souhaiter le contraire pour les fautes les plus graves, car nous ne changeons pas d'opinion si nous envisageons le châtiment que nous souhaiterions pour nous-même si nous étions fautif par quelque infortune morale grave.

Les partisans de la peine de mort se disent justiciers; en réalité, ils sont vengeurs. Ce qui distingue une justice dure de la vengeance, c'est l'absence de colère ou de haine apparente. Mais elles sont semblables si on les compare au résultat tout similaire: l'élimination physique d'un être humain. Les partisans de la peine de mort se vengent, tout le contraire de l'amitié qui aide en détresse; et la faute morale, même criminelle, est une détresse immense. Nous ne condamnons plus le suicide, nous le déplorons. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose avec un meurtre qui a le même résultat, la disparition d'un être humain affectivement délabré ?

Comment peut-on juger moral la mise à mort d'un condamné quand on ne peut nullement la faire procéder du principe kantien de «la bonne volonté», ou du principe aristotélicien de la «médiété» ( la juste mesure entre un manque et un excès ), ou de la poursuite utilitariste du bien commun qui perd un citoyen réformable, ou de l'endurance stoïcienne de la douleur sans vengeance, axiomes par lesquels la science éthique justifie au mieux des capacités humaines ? Quand on n'est même pas capable de supporter la vie en prison d'un être qui ne nous a rien fait personnellement, voire qu'on a jamais vu, on a l'intelligence petite ou la sensibilité glacée. Comment peut-on juger moral la mise à mort étatique et volontaire d'un être humain quand la mort par nature et involontaire répugne à ceux qui aiment la vie ? Comment peut-on accepter pour un inconnu ce qu'on refuse à son frère, à sa sœur, à son fils qui auraient commis le même crime ?

Si le plaisir de tuer est répréhensible pour un individu, en vertu de quelle magie deviendrait-il tout à coup louable pour un État, et en vertu de quelle mécanique perverse est-il même toujours un plaisir pour les partisans de la peine de mort ?

Comment concilier l'évolution du droit vers plus d'humanité avec le maintien d'un châtiment ultime et irréversible? La peine de mort est dès lors un dinosaure juridique de l'Histoire. Si la cruauté doit disparaître de notre droit pénal, cette peine de mort, la plus cruelle après la torture, n'a plus sa place. La torture a disparu jadis sous l'effet triomphant des mêmes arguments que réfutent aujourd'hui les partisans de la peine de mort; et la torture était défendue avec les mêmes arguments utilisés pour maintenir aujourd'hui la peine de mort: dissuasion, juste punition, exemplarité, compensation pour les victimes, équivalence entre la peine et le châtiment.

La barbarie, c'est normal, ne disparaît jamais d'un seul coup en même temps. Comme pour la saleté, il en reste dans les coins, tenace et difficilement accessible, qu'on finit bien par éliminer. La peine de mort est justement cette dernière crasse du code pénal occidental qui finira un jour au musée des peines cruelles, inhabituelles et infamantes.

Les victimes ne ressuscitent pas. On ne peut donc tuer leur meurtrier pour elles. Les victimes auraient-elles toutes souhaiter qu'on les venge ? On peut le supposer à voir le pape pardonner publiquement à son agresseur qui attenta à sa vie. Il fut quelques fois imité par d'autres victimes d'actes criminels. Le pardon, vertu éminemment chrétienne, est éthiquement si fabuleux qu'il a permis à une institution pécheresse en tant de points de survivre dans la respectabilité publique. Même si les intelligences progressistes les critiquent vigoureusement en plusieurs points contestables, il faut toujours imiter les hommes dans ce qu'ils ont de meilleur.

Ne pas ressentir de haine pour un meurtrier, est-ce de l'insensibilité ou de la maturité ? Pour une faute moins grave, celle d'un enfant qui brise le sucrier, la mère admirable pique-t-elle une colère, gifle-t-elle sec, ou sermonne-t-elle avec douceur et compréhension ? À un échelon plus grave, le même principe s'applique. Nous donnons notre préférence à celui qui, devant une faute, ne cède pas à l'émotion dévastatrice.

Les pays abolitionnistes ont moins de meurtres que les pays à peine capitale. L'Union soviétique fusillait plus de 700 à 900 criminels par an. Sa criminalité actuelle est l'une des plus élevée du monde. La même chose aux États-Unis: sont tous deux élevés les crimes et les exécutions. Devons-nous imiter les pays éthiquement les plus mal en point ? Devons-nous imiter le pays qui a lui-même jeté par dessus bord son système économico-politique parce qu'il l'a jugé inefficace et moralement mauvais ?

Cette idée vieille comme le monde que le vent amène la tempête, donc que la violence engendre la violence, devrait nous faire réfléchir. Si l'État tue avec des règles, pourquoi le citoyen ne tuerait-il pas avec les siennes? La solution la plus sage serait d'évincer la peine de mort de nos mœurs, de notre sensibilité, comme nous en avons exclu la crasse, le jet d'ordures sur la place publique, le crachat sur les trottoirs, la corruption électorale, et autres choses du même genre. En effet, l'éthique relève de principes, mais aussi de la sensibilité et de l'habitude. Soyons sensibles au misérable meurtrier comme nous le sommes pour les animaux, un peu plus me semble-t-il parce qu'il est plus qu'un chien à abattre, il est un homme. Un homme est une promesse de joie et de bonheur qui, en cas d'échec, est doté moralement des ressources d'un nouveau départ.

Les partisans de la peine de mort, qui applaudissent aux portes des prisons à l'annonce de la mort du condamné électrocuté ou injecté, font de l'argent avec les condamnés à mort, eux qui se plaignent qu'ils nous coûtent trop cher. En effet, on a remarqué que le battage médiatique, de l'arrestation à l'exécution, attire dans la ville impliquée les feux télévisés et journalistiques du monde entier. La ville se fait connaître, attire les congrès futurs, le gratin local est payé pour des interviews de toutes sortes. Bref l'effet économique indirect, presque caché, amène les partisans de la peine à la maintenir et à la publiciser. La cerise sur le gâteau, le gouverneur, poussé par les procureurs, retarde l'exécution de quelques jours, voire de quelques heures pour faire augmenter le suspense, comme dans un film commercial à sensation. Ils font de l'argent avec le sang d'un bouc émissaire.

Dans son beau livre Le bouc émissaire, traduit en plus de vingt langues, René Girard analyse ce troublant phénomène avec la technique psychanalytique. On tue un mouton noir pour se décharger sur lui de toutes nos peurs, nos haines, nos frustrations et nos propres fautes. Dans l'Histoire, Socrate, Jésus, Jeanne d'Arc et tous les brûlés de l'Inquisition ont servi de chair sacrifiée à ce mécanisme profond, constant et naturel chez l'homme. Aujourd'hui, la société plus humaniste l'utilise tout aussi régulièrement, mais d'une manière plus civilisée: la compétition sportive, électorale, économique fabrique des perdants (les non-médaillés, les non-élus, les faillis) pour vivre cet incontournable mécanisme régulateur. Mais on ne les tue plus.

Les partisans de la peine de mort rompent le contrat social à l'origine de la société. Nous nous sommes engagés au support et à l'entraide mutuels. Le criminel, par désespoir, passion irrépressible, égarement de l'esprit, calcul sordide décroché de l'éthique salvatrice, a sombré dans l'irrémédiable. Nous avons un devoir de rédemption envers lui. Nous avons un devoir de le sortir de sa détresse éthique. Nous acceptons de payer des maisons pour les sans-abri économiques et nous refuserions de payer des prisons pour les sans-abri éthiques ? Dans aucun contrat du monde, un des contractants signe la clause de sa propre mise à mort s'il ne parvient pas à respecter tout le contrat.

Les hommes se distinguent sur plusieurs critères différents. Il en est un d'immémorial: les retardataires et les visionnaires, en plus clair les archaïques et les novateurs, ou bien les conservateurs et les gens de progrès. Plus qu'en tout autre sujet, on retrouve les deux groupes qui s'opposent sur la légitimité de la peine de mort.

Les archaïques, --dont les Églises officielles, mais pas tous les religieux et encore moins tous les croyants--, qui sont encore contre l'égalité des femmes et des hommes, et qui furent pendant longtemps contre la démocratie, contre le droit de vote des femmes, contre les jeux de hasard, contre le tango, voire même contre les libertés les plus fondamentales chez l'homme, sont pour la peine de mort. N'est-ce pas un indice de croire qu'ils ont mauvais jugement sur la plupart des choses humaines que l'audace et la nouveauté veulent améliorer?

En conséquence et finalement, oui, mon choix de l'illégitimité de la peine capitale est éthiquement correct et acceptable moralement.

Jacques Légaré, phd